Flora Tristan, féministe et saint-simonienne, tient un salon politique Rue du Bac

Demeure de Flora Tristan

Flora Tristan (1803-1844), femme de lettres, socialiste et féministe française, lithographie éditée chez Aubert en 1838, publiée dans Le Charivari n° 53, le 22 février 1839.

Elle sera victime d'une tentative d'assassinat par son mari pour ses opinions. Il n'est pas facile de penser librement quand on ne peut pas divorcer.

Flora Tristan a trente-cinq ans en ce mois de septembre 1838. Née en 1803 à Paris d'un père péruvien de la noblesse et d'une mère française, elle a grandi dans la misère après la mort de son père, sans héritage possible: ses parents n'étaient pas légalement mariés selon les lois françaises. Contrainte au travail dès l'adolescence, elle entre comme apprentie lithographe chez André Chazal, qu'elle épouse en 1821. Le mariage tourne vite à l'oppression; elle le quitte en 1825, emportant ses enfants. En France, sous la Monarchie de Juillet, une femme séparée n'a pas le droit de divorcer.

Au 100 bis rue du Bac, dans le 7e arrondissement, elle tient un salon politique où se retrouvent des républicains, des saint-simoniens, des socialistes utopiques, des étrangers en exil. La discussion porte sur la condition des femmes, sur les droits des travailleurs, sur l'organisation sociale. Flora Tristan est en train de publier "Pérégrinations d'une Paria" (1838), récit de son voyage au Pérou pour réclamer son héritage paternel : un livre qui lie le sort des femmes à celui des colonisés et des prolétaires, et qui est déjà, en germe, le programme de "L'Union ouvrière" de 1843.

Le lendemain du 10 septembre, son mari Chazal la retrouve dans la rue et lui tire dessus au revolver. La balle reste dans son corps; elle survit. Chazal est condamné aux travaux forcés. Le procès fait scandale: pour la première fois, un tribunal reconnaît publiquement la légitimité d'une femme à fuir un mari violent.

Flora Tristan meurt en 1844, à quarante et un ans, épuisée par une tournée de France pour promouvoir "L'Union ouvrière". Elle n'aura pas vu le mouvement ouvrier naître ni la révolution de 1848. Mais Marx lira son livre; et la formule finale du Manifeste communiste de 1848, "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!", est une reformulation directe de son appel de 1843. Sa petite-fille, Aline Gauguin, sera la mère de Paul Gauguin.