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📖 La Grande Révolution, 1789-1793 KROPOTKINE Pierre

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Fiches citant cet ouvrage

2 fiches
Événement
1793
8 novembre 1793 — Échafaud de la place de la Révolution, où Mme Roland est guillotinée le 18 brumaire an II
p 449-450
Le 8 novembre 1793, huit jours après les députés girondins, Manon Roland est guillotinée place de la Révolution. Elle y aurait apostrophé la statue de la Liberté ; sur le moment, personne ne l’a noté. Manon Phlipon est n …

Le 8 novembre 1793, huit jours après les députés girondins, Manon Roland est guillotinée place de la Révolution. Elle y aurait apostrophé la statue de la Liberté ; sur le moment, personne ne l’a noté.

Manon Phlipon est née en 1754 dans l’île de la Cité, fille d’un maître graveur du quai de l’Horloge. Quand son mari, Jean-Marie Roland, de vingt ans son aîné, devient ministre de l’Intérieur, en 1792, elle dirige ses bureaux, rédige ses lettres et reçoit à l’hôtel du ministère, rue Neuve-des-Petits-Champs, Brissot, Pétion, Barbaroux et Buzot, qu’elle aime. Son influence n’est un secret pour personne : Danton réclame à la tribune des ministres « qui voient par d’autres yeux que ceux de leur femme ».

Gravure d’après une sanguine : Mme Roland de trois quarts, cheveux bouclés en désordre, fichu noué sur la poitrine, sous le titre « Un nouveau portrait de Madame Roland »

Au printemps de 1793, le pain renchérit et des milliers de Parisiens en armes viennent réclamer à la Convention un maximum sur le prix des denrées. Brissot, lui, assure à ses électeurs que les vrais ennemis du peuple sont « les anarchistes, les prédicateurs de la loi agraire ». Le 24 mai, la Commission des Douze, à majorité girondine, fait arrêter Hébert, l’auteur du Père Duchesne. Du 31 mai au 2 juin, les sections et la Commune encerclent la Convention et obtiennent l’arrestation des chefs de la Gironde ; plusieurs, échappés, contribuent à soulever des départements contre la Convention.

Roland s’enfuit vers Rouen ; elle reste, et se laisse arrêter le 1er juin. En prison, elle écrit ses Mémoires et entend crier sous sa fenêtre le Père Duchesne, ce « sale écrit » dont Hébert, dit-elle, « empoisonne tous les matins le peuple ignorant ». Elle refuse de s’évader, et jette, selon Michelet, le poison qu’elle s’était procuré.

Le 8 novembre (18 brumaire an II), vêtue de blanc, elle comparaît devant le Tribunal révolutionnaire ; elle veut faire la leçon aux juges, on lui ferme la bouche. « Roland se tuera », dit-elle. À quatre heures et demie, la charrette l’emporte avec un autre condamné, Lamarche, par le Pont-au-Change, le quai de la Mégisserie, face au quai de l’Horloge de son enfance, et la rue Saint-Honoré, où on leur crie « À la guillotine ! ». À cinq heures et quart, elle est au pied de l’échafaud, sous une Liberté de plâtre dressée en août sur le socle vide de la statue de Louis XV.

Michelet lui fait dire, tournée vers la statue : « Ô Liberté, que de crimes commis en ton nom ! » Ni les journaux du temps ni le Bulletin du Tribunal révolutionnaire n’en parlent, remarque en 1908 l’historien Hector Fleischmann ; seul le rapporte un ancien détenu, Riouffe, qui ne cite, note-t-il, que les mots qui condamnent la Terreur. Chateaubriand le reprendra à son compte en 1814, dans un pamphlet royaliste. À la Commune, le procureur Chaumette, dont Hébert est le substitut, se félicite de sa mort et de celle d’Olympe de Gouges, qui auraient oublié les devoirs de leur sexe : « Et vous voudriez les imiter ? » lance-t-il aux citoyennes de Paris.

Roland, caché près de Rouen, apprend la nouvelle ; le 10 novembre, il se perce de sa canne-épée au bord de la route, à Bourg-Beaudouin.

Gravure en frise : dans la campagne, au bord d’une route, des paysans accourent vers le corps de Roland étendu à terre

Sa mort à elle, écrit Michelet, qui l’admire, « fut à peine remarquée ». Elle « avait fait la gloire de son parti, de son époux, et n’avait pas peu contribué à les perdre ».

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Événement
1793
7 novembre 1793 — Palais des Tuileries/Siège de la Convention (salle des Machines)
p 672-673
Il avait été le premier évêque de France à jurer fidélité à la Constitution civile du clergé. Le 7 novembre 1793, à la tribune de la Convention, il dépose sa croix et son anneau et coiffe le bonnet rouge. Cinq mois plus …

Il avait été le premier évêque de France à jurer fidélité à la Constitution civile du clergé. Le 7 novembre 1793, à la tribune de la Convention, il dépose sa croix et son anneau et coiffe le bonnet rouge. Cinq mois plus tard, il monte sur l’échafaud, confessé par lettre.

Jean-Baptiste Gobel n’a rien d’un jeune exalté. Né à Thann, en Alsace, en 1727, évêque auxiliaire de Bâle sous le titre d’évêque de Lydda, il est élu en 1789 député du clergé aux États généraux, où il rédige avec Castellane l’article de la Déclaration des droits sur la liberté d’opinion. Le 3 janvier 1791, il est le premier évêque à prêter serment à la Constitution civile du clergé. Les électeurs de Paris le choisissent pour évêque ; huit évêques, dont Talleyrand, le sacrent le 27 mars 1791. Les gravures vendues alors portent sous son portrait : « Vox populi, vox Dei ». Michelet le range parmi les « prêtres philosophes », moralistes qui acceptaient le christianisme « comme véhicule de morale ».

Gravure satirique : une procession d’ecclésiastiques au long nez, menée par un évêque mitré, se dirige vers une église ; un diable porte une bière

Deux ans plus tard, la Révolution ne demande plus des prêtres constitutionnels, mais plus de prêtres du tout. À l’automne 1793, la Commune de Paris mène la déchristianisation : son procureur, Chaumette, et son substitut, Hébert, en sont les meneurs, avec Anacharsis Cloots, le baron prussien qui se veut « orateur du genre humain ». Chaque soir, raconte Michelet, Cloots et Chaumette viennent chez Gobel lui montrer que son christianisme philosophique est devenu inutile. Le 16 brumaire an II (6 novembre), la Convention laisse aux communes le soin de régler les affaires du culte. Le soir même, Gobel cède ; son conseil épiscopal l’approuve par quatorze voix contre trois.

Le lendemain, 17 brumaire, la séance s’ouvre aux Tuileries, dans l’ancienne salle des Machines, par la lettre d’un prêtre marié qui traite ses confrères de charlatans et réclame une pension : une lettre « habilement combinée », juge Michelet, par les comités de gouvernement, hostiles à l’initiative de la Commune, pour avilir d’avance la démission de l’évêque. Gobel entre alors, précédé du maire Pache, de Chaumette et de Momoro, suivi de onze de ses vicaires. Toujours attaché, dit-il, « aux principes éternels de l’égalité, de la morale », il renonce à exercer « les fonctions de ministre du culte catholique ». Il dépose sa croix et son anneau, coiffe le bonnet rouge qu’on lui tend et reçoit l’accolade du président, Moyse Bayle. Il quitte la prêtrise, non sa foi : il « n’abjura aucune doctrine », note Michelet. D’autres députés ecclésiastiques le suivent à la tribune ; Thomas Lindet, évêque de l’Eure, avertit : « Ce n’est pas tout de détruire, il faut remplacer. » Sieyès déclare n’avoir plus d’autre culte que celui de la liberté et de l’égalité. En fin de séance, l’abbé Grégoire, évêque de Blois, tient tête à la Montagne : « Je suis évêque, je reste évêque. »

Gravure : dans le chœur de Notre-Dame, sur une montagne surmontée d’un temple « À la philosophie », une femme figurant la Liberté reçoit l’hommage de jeunes filles en blanc

En quelques jours, plusieurs évêques et un grand nombre de prêtres déposent leurs titres ; à Bourges, on brûle les lettres de prêtrise sur un bûcher, et les patriotes, qui sont pauvres, donnent du linge et leurs boucles de souliers en argent. Le soir même du 17, Chaumette demande que la fête de la Raison, prévue au cirque du Palais-Royal, se tienne à Notre-Dame, la cathédrale de Gobel : elle y a lieu le 20 brumaire (10 novembre). Partout, dans les classes gouvernantes, note Kropotkine, ce fut « une explosion de haines contre la République ». Robespierre, qui veut un culte de l’Être suprême, ne dit à Cloots qu’un mot : « Vous vouliez nous gagner la Belgique catholique, et vous la mettez contre nous ! »

Gobel paie au printemps. Après la chute des hébertistes, il est jugé avec Chaumette et guillotiné le 24 germinal an II (13 avril 1794), le même jour que Lucile Desmoulins et la veuve d’Hébert. De la Conciergerie, il avait fait passer sa confession écrite à son ancien vicaire, l’abbé Lothringer, en le priant de l’absoudre au passage, à la sortie de la prison. Il signait « évêque de Lydda ». Lothringer est le prêtre qui avait confessé Philippe-Égalité, le 6 novembre.

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