Le général Lecomte, face à la population qui s'oppose à la saisie des canons de Montmartre, donne à ses troupes l'ordre "sabrez-moi cette canaille !"
Le soleil se lève sur Montmartre. Les attelages ne sont toujours pas là. La foule, elle, est bien présente — et grossit à chaque minute. Place Saint-Pierre, au bas de la butte, des centaines de personnes font face aux soldats. Des femmes, des enfants, des ouvriers du quartier. Ils n'attaquent pas. Ils s'interposent, parlent aux soldats, s'approchent des canons. La situation échappe à tout contrôle militaire.
Lecomte, à bout, donne l'ordre à sa cavalerie : « Sabrez-moi cette canaille ! »
L'ordre ne sera pas exécuté. Les cavaliers restent immobiles. Ce n'est pas de la lâcheté — c'est quelque chose de plus profond qui se passe dans les rangs : ces soldats ne reconnaissent pas dans cette foule désarmée un ennemi à abattre. Certains ont eux-mêmes des parents dans ces quartiers. Beaucoup ont souffert du siège comme les Parisiens. Le mot « canaille » a achevé de retourner les cœurs.
C'est le témoin Noël de Poussargues qui rapportera cet ordre, l'un des plus compromettants de la journée. Il résume à lui seul la logique de Versailles face à Paris populaire — non pas une opération militaire, mais une démonstration de force contre le peuple désarmé. La propagande versaillaise s'emploiera ensuite à effacer ou minimiser ces mots. Ils resteront dans les mémoires communardes comme l'un des éléments qui rendirent l'exécution de Lecomte, quelques heures plus tard, inévitable aux yeux de la foule.