Le 31 mars 1814, les cosaques campent sur les Champs-Élysées. Leurs feux de bivouac brûlent entre les arbres. Leurs chevaux paissent là où les Parisiens se promenaient la veille. Alexandre Ier de Russie, Frédéric-Guillaume III de Prusse et le prince de Schwarzenberg, commandant des armées coalisées, font leur entrée dans Paris en vainqueurs.
La veille, Joseph Bonaparte avait signé la capitulation au Château Rouge à Montmartre. Paris n'avait pas eu à subir un assaut en règle — les défenseurs, polytechniciens et gardes nationaux en tête, avaient résisté aux barrières du Trône et de Clichy, mais la partie était jouée depuis le matin. Marmont avait commis sa ragusade — cet armistice honteux qui lui vaudra d'être maudit par les bonapartistes et de donner son titre de duc de Raguse à la langue française comme synonyme de traîtrise.
C'est la première fois depuis Henri IV, en 1594, qu'une armée étrangère occupe Paris. Napoléon était à Fontainebleau, à moins de cent kilomètres, avec des troupes. Il avait refusé de croire que la capitale capitulerait aussi vite.
Les cosaques resteront plusieurs semaines. Ils se baigneront dans la Seine, boiront le vin des caves parisiennes, et crieront bystro ! dans les cafés de Montmartre — si l'on en croit la légende. Napoléon abdiquera le 6 avril. Louis XVIII entrera dans Paris le 3 mai. L'Empire est fini.