Mort de François-René de Chateaubriand, Rue du Bac

Demeure de François-René de Chateaubriand (à partir d'août 1838)

 120 rue du Bac - 7e arr. (rez-de-chaussée au fond de la cour à gauche)

François René de Chateaubriand.

Le 4 juillet 1848, François-René de Chateaubriand meurt dans son appartement du rez-de-chaussée, au fond de la cour. Il a soixante-dix-neuf ans. Sourd, presque aveugle, paralysé depuis plusieurs années. Il y a huit jours à peine, les Journées de Juin ont ensanglanté Paris : les barricades ouvrières des faubourgs Saint-Antoine et du Temple écrasées par le général Cavaignac, plusieurs milliers de morts dans les rues. La Deuxième République, née en février dans l'allégresse, venait d'organiser son premier massacre. Les rues de Paris sentaient encore la poudre.

Chateaubriand a tout traversé. Émigré à Londres pendant la Terreur, il rentre sous le Consulat et publie en 1802 Le Génie du christianisme — qui réconcilie la France avec la foi après la décennie révolutionnaire. AtalaRené : il pose les fondations du romantisme français. Ambassadeur à Berlin, à Londres, à Rome. Ministre des Affaires étrangères sous Louis XVIII. Pair de France. Et puis 1830 : il refuse de prêter serment à Louis-Philippe, démissionne, perd fonctions et revenus. Jusqu'au bout, il choisit la cohérence contre le confort.

Il lui reste ses Mémoires. Commencées vers 1809, retravaillées pendant trente ans — une autobiographie qui tient un siècle entier : l'Ancien Régime, la Révolution, l'Empire, les Restaurations. Ruiné, il en a vendu les droits en 1844 à Émile de Girardin, directeur de La Presse, contre une rente viagère. Tant que Chateaubriand vivra, rien ne sera publié. C'est le paradoxe qu'il a lui-même nommé : des Mémoires d'outre-tombe — rédigées pour être lues depuis la tombe. Au moment de sa mort, le manuscrit se trouve dans un coffre en bois, au pied du lit.

Juliette Récamier, dont l'appartement de l'Abbaye-aux-Bois est à quelques rues, le visitait jusqu'au bout — presque aveugle elle aussi. Elle mourra dix mois plus tard, le 11 mai 1849.

La sérialisation des Mémoires d'outre-tombe dans La Presse commence en octobre 1848. Quant à Chateaubriand, il est enterré au Grand Bé, un îlot rocheux face à Saint-Malo, selon ses propres instructions. Sur la tombe : une croix, aucune inscription. Il avait demandé à entendre la mer.