Le 19 novembre 1703, vers dix heures du soir, le prisonnier masqué meurt à la Bastille. La veille, il s’est senti un peu mal en sortant de la messe ; l’aumônier l’a confessé, « surpris de sa mort », note dans son journal le lieutenant du roi, Étienne du Junca. Il meurt « sans avoir eu une grande maladie », le visage toujours couvert d’un masque de velours noir.
Il était entré à la Bastille le 18 septembre 1698, dans la litière du nouveau gouverneur, Bénigne de Saint-Mars, qui le garde depuis 1669. Arrêté sur ordre de Louvois sous le nom d’Eustache Dauger (« ce n’est qu’un valet », écrit le ministre), l’homme a servi Nicolas Fouquet à Pignerol jusqu’à la mort du surintendant, avant de suivre son geôlier à Exilles en 1681, puis à l’île Sainte-Marguerite en 1687. On l’enterre dès le lendemain au cimetière Saint-Paul, sous un faux nom.
La légende commence alors. Voltaire, embastillé en 1717, recueille les souvenirs de la forteresse et lance en 1751, dans Le Siècle de Louis XIV, celle du prisonnier masqué ; Dumas en fera le jumeau du roi dans Le Vicomte de Bragelonne. On a proposé le diplomate Mattioli, pourtant mort à Sainte-Marguerite en 1694, ou Eustache Dauger de Cavoye, que ses propres lettres placent alors à Saint-Lazare. Le plus probable reste un simple valet, dont on ignore le secret.
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