Rassemblement de 400 nobles qui tentent de désarmer la Garde nationale pour "libérer" Louis XVI ; on leur donnera le nom de "chevaliers du poignard".
Le 28 février 1791, le château des Tuileries devient le théâtre d’un coup de force royaliste avorté, passé à la postérité sous le nom de « journée des poignards ». Tandis qu’un mouvement populaire se dirige vers Vincennes pour démolir le donjon, plusieurs centaines de gentilshommes, alertés par la rumeur d’un danger pesant sur le roi, convergent vers les appartements de Louis XVI, cartes d’entrée en poche. Beaucoup sont officiers, anciens attachés de la Maison du Roi ou membres de cercles monarchiques : ils ont transformé armoires et placards en arsenaux, d’où sortent pistolets, épées courtes et poignards, qu’ils portent parfois sans même chercher à les dissimuler.
Leur projet est flou, mais leur intention claire : se placer en garde rapprochée du roi pour le « protéger » de la Garde nationale et, si l’occasion se présente, l’emmener hors de Paris, au besoin en désarmant les gardes postés dans le palais. Dans les couloirs, on croise notamment Alexandre de Rougeville, futur protagoniste des tentatives d’évasion de Marie‑Antoinette, et d’autres nobles restés fidèles à la monarchie. Rapidement, la rumeur enfle dans les rangs de la Garde nationale : les Tuileries seraient remplies de gens armés, prêts à tirer. Le major‑général Gouvion, puis La Fayette lui‑même, arrivent au château avec des renforts.
La scène qui suit est restée célèbre. La Fayette fait encercler les appartements, admoneste vertement les nobles et exige la remise des armes. Louis XVI, inquiet d’un affrontement sanglant entre ses partisans et la Garde nationale, ordonne aux gentilshommes de se retirer. Ceux‑ci résistent d’abord, arguant de leur zèle à défendre le roi, puis doivent céder : ils sont désarmés par les grenadiers, fouillés, et contraints de sortir entre deux haies de gardes nationaux, sous les huées et les insultes des soldats‑citoyens.
C’est de cette journée que leur vient le surnom de « chevaliers du poignard », titre à la fois moqueur et inquiétant qui souligne le contraste entre leur prétention chevaleresque et le caractère maladroit, presque complotiste, de leur intervention. L’épisode montre un roi pris entre deux feux : d’un côté des soutiens nobles prêts à la violence, de l’autre une Garde nationale qui se veut garante de la Révolution. En faisant désarmer ses propres partisans, Louis XVI tente d’éviter le pire, mais il révèle aussi à quel point la monarchie est désormais dépendante d’une force armée devenue, elle, profondément révolutionnaire.