Histoire de la rue
La rue Cassette tient son nom de l'hôtel de Cassel, ancien hôtel aristocratique qui s'élevait en ces lieux avant que la voie ne s'impose dans le tissu urbain du faubourg Saint-Germain. Elle s'appelait d'abord chemin de Poulignis, puis rue de Cassel, avant que l'orthographe ne se fixe en « Cassette » — glissement phonétique qui fit oublier l'origine flamande du toponyme. La rue relie aujourd'hui la rue de Rennes à la rue de Vaugirard, traversant le quartier Notre-Dame-des-Champs sur près de trois cents mètres.
L'histoire y commence tôt : aux n°s 1 et 3 se dressait l'hôtel de Ghevandon (attesté dès 1533), où mourut en 1794 Vicq d'Azyr, l'un des fondateurs de l'Académie de médecine. À l'autre bout du siècle, le n° 12 est la demeure parisienne de Jean-Pierre Blanchard : c'est de là que l'aéronaute part pour l'histoire, avant de réussir, le 7 janvier 1785, la première traversée de la Manche en ballon avec l'Américain John Jeffries. Sa veuve, l'intrépide Sophie Blanchard, vivra à son tour dans l'ancien couvent de bénédictines des n°s 6-12, au temps de la Restauration.
La rue est aussi une adresse littéraire et politique de premier ordre. Alfred de Musset y passe son enfance et son adolescence au n° 27, de 1812 à 1839 — années cruciales qui forgent le poète romantique. Charles Leconte de Lisle, prince des Parnassiens, s'y installe au n° 23 ; Alfred Jarry, créateur du Père Ubu, hante le n° 7 en 1897 ; Rainer Maria Rilke y séjourne au n° 29 en 1907. Côté politique et religion, Charles de Montalembert (n° 18-20) y clame son opposition au dogme de l'infaillibilité pontificale, et l'évêque Félix Dupanloup (n° 9) prend les mêmes distances théologiques tout en se montrant, à l'Académie française, farouchement hostile à l'élection de Littré ou de Taine. Plus anecdotiquement, un complice de l'affaire de la machine infernale (attentat de la rue Saint-Nicaise contre Bonaparte, 1800) se cache rue Cassette au n° 11 — preuve que ces rues tranquilles du faubourg recèlent parfois des secrets brûlants. Sous le sol, d'ailleurs, un puits ovale traverse encore la carrière aux n°s 20-22, rappel souterrain d'un Paris plus ancien.