🗺 Lieux & Arrondissements 🎭 Thèmes ⏳ Époques 👤 Personnages 📅 Événements 🚶 Balades 🧭 Explorer 📚 Bibliographie À propos

Sur l'île de la Cité, entre le quai de l'Horloge et la Seine, la Conciergerie est l'un des lieux les plus chargés d'histoire de Paris — et sans doute le plus hanté. Tout commence en 1111 : Louis VI le Gros y installe le donjon de la première demeure royale. Pendant deux siècles, le palais de la Cité est le cœur du pouvoir capétien. Dans l'angle occidental s'élève la tour Bonbec, sinistre célébrité dès le XIIIe siècle : on y torture les prisonniers pour leur faire « donner de la langue » — d'où ce surnom grinçant. En 1391, quand les rois ont depuis longtemps migré vers le Louvre, le palais passe aux mains d'un concierge royal chargé de l'administrer, et ses sous-sols deviennent prison royale. Y défileront Ravaillac, Cartouche, Mandrin, puis le poète Théophile de Viau, enfermé deux ans à partir de 1624 au terme d'un procès retentissant pour libertinage.

La Révolution fait de la Conciergerie le vestibule de l'échafaud. En 1793, Marie-Antoinette y est transférée du Temple ; elle y restera jusqu'à son exécution en octobre, après que trois tentatives d'évasion — dont le fameux complot de l'Œillet — auront toutes échoué. Les 21 Girondins y partagent un ultime repas le 30 octobre 1793. Fouquier-Tinville, l'accusateur public, installe ses bureaux à la tour d'Argent, juste à l'entrée. L'ironie de l'histoire : en thermidor an II, c'est Robespierre, Saint-Just, Couthon et leurs partisans qui franchissent à leur tour le guichet, jugés et condamnés en quelques heures par celui-là même qui avait envoyé tant d'autres à la mort. La Restauration y embastille les généraux Ney et La Bédoyère ; la monarchie de Juillet, le futur Napoléon III après sa tentative de Boulogne. En 1848, les insurgés de Juin remplissent à nouveau les cellules.

Noms successifs du lieu

  • 1111 Logis du roi : donjon de la résidence royale des Capétiens
  • XIIIe siècle — XIVe siècle Palais de la Cité : siège du pouvoir royal et judiciaire
  • 1391 Conciergerie : prison royale administrée par un concierge du roi
  • 1793 — 1794 Antichambre du Tribunal révolutionnaire : prison politique de la Terreur
  • 1914 Fermeture de la prison ; classement comme monument historique
  • Aujourd'hui Monument historique ouvert au public, annexe du Palais de Justice

Toponymie — quai de l'Horloge

quai de l'Horloge
Voisinage de l'horloge du Palais de Justice.
Anciens noms : quai du Grand Cours d'Eau · quai des Morfondus · quai du Nord · quai des Lunettes
Voir la fiche complète de la voie

Événements à cette adresse

19 événements · 1111 — 1910
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
Conciergerie
Louis-Napoléon Bonaparte et ses complices sont enfermés à la Conciergerie en attendant leur procès après la tentative de coup d'État de Boulogne sur Mer. Badinguet sera enfermé au fort de Ham, d'où il s'évadera sous le nom de Pinguet
Voir la fiche
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
Conciergerie
Les généraux Ney et La Bédoyère sont emprisonnés pour s'être ralliés à Napoléon ; ils seront tous deux exécutés
Voir la fiche
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
Conciergerie
Robespierre et ses partisans sont incarcérés à la Conciergerie et immédiatement jugés par Fouquier-Tinville ; qui sera lui-même arrêté 3 jours plus tard
Voir la fiche
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
Conciergerie — Chapelle des Girondins
Vingt et un députés condamnés à mort passent leur dernière nuit ensemble dans une chapelle transformée en cellule ; ce que l'on raconte de cette nuit dit surtout ce que le XIXe siècle avait besoin d'y voir. Les Girondins…

Vingt et un députés condamnés à mort passent leur dernière nuit ensemble dans une chapelle transformée en cellule ; ce que l'on raconte de cette nuit dit surtout ce que le XIXe siècle avait besoin d'y voir.

Les Girondins ont été arrêtés le 2 juin 1793, quand les sections parisiennes en armes ont encerclé la Convention et exigé leur exclusion. Le conflit qui les oppose aux Montagnards porte sur la place de Paris dans la Révolution, sur la guerre, sur la Terreur, sur le contrôle de l'économie. Le procès s'ouvre le 24 octobre 1793 devant le Tribunal révolutionnaire. Il est écourté par décret quand la Convention constate que les accusés se défendent trop bien.

Le verdict tombe le 30 octobre : mort pour vingt et un d'entre eux. Parmi eux Brissot, Vergniaud, l'un des plus grands orateurs de la Révolution, Gensonné, Ducos, Carra, l'abbé Fauchet, Boilleau, Lacaze. Dufriche-Valazé se poignarde à l'énoncé de la sentence dans la salle même du tribunal.

La nuit du 30 au 31, ils sont réunis à la Conciergerie, quai de l'Horloge, dans une salle qui était l'ancienne chapelle de la prison, utilisée comme cellule collective en raison de la surpopulation. Elle porte depuis le nom de chapelle des Girondins.

La tradition rapporte qu'ils y tinrent un banquet, buvant, chantant, discutant de l'immortalité de l'âme jusqu'à l'aube. Cette scène est l'un des morceaux les plus célèbres de l'histoire républicaine. Elle a été fixée par Lamartine dans son "Histoire des Girondins" en 1847.

Les historiens sont réservés. Les sources contemporaines ne confirment pas l'existence d'un festin. Le contexte de pénurie alimentaire et de surveillance stricte rend l'épisode improbable dans les termes où on le raconte. Ce qui est certain, c'est qu'ils passèrent la nuit ensemble et qu'ils furent nombreux à écrire.

Le 31 octobre, ils sont guillotinés place de la Révolution. Le cadavre de Valazé est conduit avec eux dans une charrette et décapité aussi. L'exécution dure trente-six minutes.

La scène du dernier repas a servi à toutes les époques. La République bourgeoise du XIXe siècle y a vu la dignité des modérés face aux fanatiques. C'était une manière de choisir son camp dans la Révolution.

Voir la fiche
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
Conciergerie — Affaire de l'Œillet
Complot de l'Œillet, troisième et ultime tentative manquée d'évasion de Marie-Antoinette, après son transfert à la prison de la Conciergerie. Michonis sera guillotiné mais les responsabilités de chacun n'ont jamais été éclaircies
Voir la fiche
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
Conciergerie
Dans la nuit du 1er au 2 août 1793, Marie-Antoinette quitta le Temple pour la Conciergerie. Elle avait trente-sept ans et soixante-seize jours à vivre. Marie-Antoinette était prisonnière au donjon du Temple depuis le 13…

Dans la nuit du 1er au 2 août 1793, Marie-Antoinette quitta le Temple pour la Conciergerie. Elle avait trente-sept ans et soixante-seize jours à vivre.

Marie-Antoinette était prisonnière au donjon du Temple depuis le 13 août 1792, avec le roi, leur fils et leur fille. Louis XVI avait été guillotiné le 21 janvier 1793. Elle était restée au Temple avec ses enfants, soumise à une surveillance croissante, privée de toute nouvelle du monde extérieur.

Le Comité de salut public décida au début de l'été 1793 de la transférer à la Conciergerie, sur l'île de la Cité. La Conciergerie avait une réputation bien établie dans le Paris de la Terreur : on l'appelait l'antichambre de la guillotine. Depuis mars 1793, les condamnés du Tribunal révolutionnaire y transitaient avant l'exécution. Y entrer était, pour presque tous, le signe que la mort était proche.

Le transfert eut lieu en secret, dans la nuit du 1er au 2 août 1793. Marie-Antoinette fut conduite de la rue du Temple à l'île de la Cité, au 1-7 quai de l'Horloge. On lui avait aménagé, à la hâte, une cellule dans l'ancienne salle des gardes : un espace étroit, humide, où deux gardes demeuraient en permanence, y compris la nuit.

Elle y resta jusqu'au 14 octobre 1793, date de l'ouverture de son procès devant le Tribunal révolutionnaire. Le procès dura deux jours. Le 16 octobre 1793, elle fut guillotinée place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde).

Sa cellule à la Conciergerie est aujourd'hui conservée et visitée. Le bâtiment, dont les tours médiévales sont visibles depuis le quai de l'Horloge, abrite aussi la Sainte-Chapelle et le Palais de justice. C'est l'un des rares endroits de Paris où l'on peut encore se tenir dans l'espace exact qu'occupait un acteur de la Révolution.

Voir la fiche
Personnage(s) : Marie-Antoinette d'Autriche
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
Conciergerie — Massacres de Septembre
Les prisonniers de la Conciergerie, dont des officiers de gardes suisses, sont massacrés
Voir la fiche
Personnage(s) : Gardes suisses
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
Conciergerie
Le 5 juillet 1668, Louis de Cavoye et Charles de Champlais, marquis de Courcelles, se constituent prisonniers à la Conciergerie, pour obéir à un arrêt du Parlement du 29 mai. Deux mois plus tôt, le 7 mai à quatre heures…

Le 5 juillet 1668, Louis de Cavoye et Charles de Champlais, marquis de Courcelles, se constituent prisonniers à la Conciergerie, pour obéir à un arrêt du Parlement du 29 mai. Deux mois plus tôt, le 7 mai à quatre heures du matin, ils se sont battus au Marais, derrière l’hôtel de Varennes. Le mari est jaloux : on voit trop souvent le carrosse de Cavoye à la porte de sa femme, Marie-Sidonie de Lenoncourt.

Le duel est interdit par les édits, et Louis XIV veut un exemple. Le roi, écrit le ministre Le Tellier au procureur général, a résolu « de tenir long-temps ces messieurs-là dans la Conciergerie du palais », pour les convaincre d’un crime « que chacun sait qu’ils ont commis ». Ils y restent deux ans : en mai 1670 seulement, une épidémie dans la prison fait ordonner leur transfert. Faute de témoignages suffisants, le duel ne sera jamais prouvé.

Cavoye n’en a pas fini avec les prisons du roi : second dans un autre duel, il passe ensuite par la Bastille, avant que Mlle de Coëtlogon et la charge de grand maréchal des logis ne fassent de lui un homme rangé.

Voir la fiche
Personnage(s) : Louis d'Oger de Cavoye
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
Conciergerie
Théophile de Viau, arrêté alors qu'il tentait de s'enfuir en Angleterre, suite à une précédente condamnation au bûcher, est enfermé pendant deux ans à la Conciergerie, faisant l'objet d'un procès retentissant. Il mourra peu de temps après
Voir la fiche
Personnage(s) : Théophile de Viau
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.
1–7 quai de l' Horloge — 1er arr.

Aujourd'hui

La Conciergerie est aujourd'hui un monument national ouvert à la visite, géré par le Centre des monuments nationaux. On y découvre les immenses salles gothiques des gens d'armes (XIVe siècle), la reconstitution de la cellule de Marie-Antoinette, la cour des Femmes et, sur les piliers de la salle des gardes, les deux marques laissées par la crue de 1910.

N° suivant · quai de l' Horloge 23–25 quai de l' Horloge
→