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30 octobre 1793
Événement

Le dernier repas des Girondins condamnés à la Conciergerie, entre histoire et légende républicaine

Conciergerie/Chapelle des Girondins
Le dernier repas des Girondins condamnés à la Conciergerie, entre histoire et légende républicaine
Au premier plan à gauche est étendu sur une civière le corps sans vie de Charles Éléonor Dufriche-Valazé qui s'était poignardé dans la salle d'audience du Tribunal révolutionnaire à l'énoncé de la condamnation à mort. //Le Dernier banquet des Girondins// par// //Henri Félix Emmanuel Philippoteaux (1815–1884). Musée de la Révolution Française.

Vingt et un députés condamnés à mort passent leur dernière nuit ensemble dans une chapelle transformée en cellule ; ce que l'on raconte de cette nuit dit surtout ce que le XIXe siècle avait besoin d'y voir.

Les Girondins ont été arrêtés le 2 juin 1793, quand les sections parisiennes en armes ont encerclé la Convention et exigé leur exclusion. Le conflit qui les oppose aux Montagnards porte sur la place de Paris dans la Révolution, sur la guerre, sur la Terreur, sur le contrôle de l'économie. Le procès s'ouvre le 24 octobre 1793 devant le Tribunal révolutionnaire. Il est écourté par décret quand la Convention constate que les accusés se défendent trop bien.

Le verdict tombe le 30 octobre : mort pour vingt et un d'entre eux. Parmi eux Brissot, Vergniaud, l'un des plus grands orateurs de la Révolution, Gensonné, Ducos, Carra, l'abbé Fauchet, Boilleau, Lacaze. Dufriche-Valazé se poignarde à l'énoncé de la sentence dans la salle même du tribunal.

La nuit du 30 au 31, ils sont réunis à la Conciergerie, quai de l'Horloge, dans une salle qui était l'ancienne chapelle de la prison, utilisée comme cellule collective en raison de la surpopulation. Elle porte depuis le nom de chapelle des Girondins.

La tradition rapporte qu'ils y tinrent un banquet, buvant, chantant, discutant de l'immortalité de l'âme jusqu'à l'aube. Cette scène est l'un des morceaux les plus célèbres de l'histoire républicaine. Elle a été fixée par Lamartine dans son "Histoire des Girondins" en 1847.

Les historiens sont réservés. Les sources contemporaines ne confirment pas l'existence d'un festin. Le contexte de pénurie alimentaire et de surveillance stricte rend l'épisode improbable dans les termes où on le raconte. Ce qui est certain, c'est qu'ils passèrent la nuit ensemble et qu'ils furent nombreux à écrire.

Le 31 octobre, ils sont guillotinés place de la Révolution. Le cadavre de Valazé est conduit avec eux dans une charrette et décapité aussi. L'exécution dure trente-six minutes.

La scène du dernier repas a servi à toutes les époques. La République bourgeoise du XIXe siècle y a vu la dignité des modérés face aux fanatiques. C'était une manière de choisir son camp dans la Révolution.