Au 3–15 de l'actuelle rue Lacépède, dans le 5e arrondissement, se dressait l'une des prisons les plus célèbres — et les plus chargées — de l'histoire parisienne. Fondée au XVIIe siècle comme maison de refuge pour femmes repenties, Sainte-Pélagie devient sous la Révolution un lieu de détention politique où s'entassent les victimes de toutes les factions : Joséphine de Beauharnais, Jeanne-Marie Roland, la comtesse du Barry, Rouget de Lisle, et jusqu'aux proches de Robespierre — la famille Duplay y est jetée le lendemain du 9-Thermidor ; Mme Duplay est retrouvée pendue dans sa cellule dès le lendemain, assassinée ou suicidée, l'histoire hésite encore. Les Enragés y passent aussi : Jacques Roux, Jean-François Varlet, Claire Lacombe, Jean-Théophile Leclerc y subissent la répression de l'an II. Gracchus Babeuf y est transféré depuis l'Abbaye.
Sous l'Empire et la Monarchie de Juillet, la prison se spécialise dans les délits d'opinion. Sade y séjourne en 1801 pour sa Justine. Évariste Galois y développe ses théories mathématiques entre deux incarcérations, avant de mourir en duel. Les saint-simoniens — Enfantin, Michel Chevalier — y purgent leur condamnation pour outrage aux mœurs (1832). Lamennais y est enfermé pour conspiration (1841), visité par Chateaubriand et George Sand. Proudhon y est en permission sur parole le 2 décembre 1851 : Victor Hugo lui demande de rejoindre la résistance au coup d'État, mais l'anarchiste répond qu'il n'est pas disponible.
La Commune de 1871 offre à Sainte-Pélagie ses pages les plus dramatiques. C'est ici que Gustave Chaudey, avocat et journaliste, est fusillé sur ordre de Raoul Rigault — trois gendarmes tombent avec lui. Henri Cernuschi, venu plaider pour son ami déjà exécuté, manque d'y laisser sa vie. Gustave Courbet y est incarcéré de juin 1871 à mars 1872. En 1878, les futurs fondateurs du Parti ouvrier — Jules Guesde, Gabriel Deville, Eugène Fournière — y rédigent leur programme socialiste révolutionnaire. La prison est démolie à la fin du XIXe siècle.
- XVIIe siècle Maison de refuge pour femmes repenties, fondée par la communauté de Sainte-Pélagie
- 1792 — 1796 Prison politique de la Révolution française ; détention de suspects de toutes factions
- 1801 — 1851 Prison d'État pour délits d'opinion sous l'Empire, la Restauration et la Monarchie de Juillet
- 1871 — 1878 Prison sous la Commune puis la Troisième République ; dernières années avant démolition
- fin XIXe siècle Démolition ; le site est intégré à la trame urbaine du 5e arrondissement
La prison de Sainte-Pélagie a disparu. À son emplacement, entre la rue Lacépède et les abords du Jardin des Plantes, se trouvent aujourd'hui des immeubles ordinaires du 5e arrondissement. Aucun monument ne signale sur place la mémoire de ce lieu qui fut, pendant près d'un siècle, le purgatoire de l'histoire politique française.