Au 65 de la rue de Caumartin, dans le quartier de la Chaussée d'Antin, se dresse un établissement dont les murs ont absorbé deux siècles d'histoire française avec une voracité peu commune. Avant d'être un lycée, c'est un couvent — celui des Capucins — que la Révolution saisit et transforme. En 1790, l'église Saint-Louis-d'Antin devient le siège de la Section du Roule, tandis que Louise de Kéralio, Claude Dansard et François Robert y installent la Société fraternelle des patriotes de l'un et l'autre sexe, succursale populaire des Jacobins ouverte aux femmes comme aux hommes.
Sous le Consulat, les bâtiments renaissent en Lycée Bonaparte, bientôt rebaptisé Collège Bourbon, puis Lycée Fontanes, avant de porter définitivement le nom de Condorcet en 1870. La liste de ses anciens élèves tient du who's who de la France du XIXe siècle : André-Marie Ampère, Edmond de Goncourt, Nadar, Paul Verlaine — qui y fait ses classes entre 1859 et 1862 — ou encore Henri de Toulouse-Lautrec. Parmi les professeurs, Stéphane Mallarmé y enseigne l'anglais à partir de 1871, tandis qu'en 1883 des élèves polycopient une revue baptisée Le Fou qui publie des poèmes de Verlaine et gravitent autour de figures comme René Ghil, Stuart Merrill et Tristan Bernard.
La grande cour connaît aussi les heures les plus sombres : pendant la Commune de 1871, des fédérés y sont fusillés, pendant que le proviseur Legrand enferme dans les caves une quarantaine d'élèves imprudemment amenés par leurs parents malgré les combats. Plus tard, Marcel Pagnol y enseigne l'anglais dans les années 1920, Boris Vian y passe sa terminale en 1936, et Jean-Paul Sartre y professe la philosophie sous l'Occupation.
- 1790 Couvent des Capucins — siège de la Section du Roule et de la Société fraternelle des patriotes
- 1802 Lycée Bonaparte
- Monarchie de Juillet Collège Bourbon
- 1870 — 1871 Lycée Fontanes
- À partir de 1870 Lycée Condorcet
Le lycée Condorcet est toujours en activité au 65 rue de Caumartin. Son architecture conserve des traces des anciens bâtiments conventuels, dont la chapelle Saint-Louis-d'Antin. La fontaine du Lycée Bourbon, érigée sous le Premier Empire dans la façade donnant sur la rue, reste visible depuis le trottoir.