Barras cherche un général disponible ; il tombe sur un Corse de vingt-six ans sans emploi, qui fait tirer au canon dans la rue Saint-Honoré : la carrière de Napoléon commence là.
L'automne 1795 est le moment où la Révolution se referme. La Convention thermidorienne a écrasé les sans-culottes en germinal et en prairial an III. Elle a voté une nouvelle Constitution, celle de l'an III, et le décret des deux tiers, qui impose que les deux tiers des membres des futurs Conseils soient choisis parmi les conventionnels sortants. La droite royaliste et modérée, qui espérait reprendre le pouvoir par les urnes, se voit confisquer sa victoire annoncée.
Les sections parisiennes se soulèvent. Le noyau de l'insurrection est la section Le Peletier, autour de la Bourse, milieu de banquiers et de rentiers, noyautée par des agents royalistes dont le baron de Batz. Le mouvement rassemble une trentaine de milliers d'hommes des sections bourgeoises de l'Ouest et du centre.
La Convention n'a que cinq mille hommes. Barras est nommé commandant des forces de l'intérieur. Il cherche un officier capable ; Joubert, son premier choix, vient d'être tué. Il fait appeler un général corse de vingt-six ans, sans affectation depuis sa disgrâce post-thermidorienne : Napoléon Bonaparte, qui loge à l'auberge du Cadran Bleu, rue de la Huchette.
Bonaparte agit vite. Il envoie Murat chercher au camp des Sablons quarante canons, qu'il fait mettre en batterie aux abords des Tuileries : rue Saint-Honoré, rue Saint-Roch, rue de l'Échelle, rue de Rohan, place du Palais-Royal.
Le 5 octobre 1795, 13 Vendémiaire an IV, les colonnes insurgées avancent. Bonaparte fait tirer à la mitraille dans les rues étroites. Les marches de l'église Saint-Roch, où les insurgés se sont retranchés, portent encore aujourd'hui des impacts. Le combat dure quelques heures. Environ deux cents morts dans chaque camp. Le Palais-Royal et le Théâtre Français sont pris d'assaut à la tombée de la nuit.
Bonaparte est nommé général de division, puis commandant de l'armée d'Italie six mois plus tard. Le régime a été sauvé par un militaire : il vient d'apprendre qu'il dépend de lui. Quatre ans plus tard, le 18 Brumaire, il n'y aura plus besoin de canons.