Exécution de Jacques de Molay, Atelier de Maître de Virgile Chroniques de France ou de St Denis — British Library
L'île est petite, coincée entre la pointe de la Cité et la rive gauche, à l'endroit où le Pont Neuf prendra place trois siècles plus tard. On l'appelle l'île aux Juifs. C'est là, le 19 mars 1314, que Philippe IV le Bel fait dresser le bûcher.
Les deux hommes qu'on y conduit ont passé sept ans dans les geôles royales. Jacques de Molay, grand maître de l'ordre du Temple, et Geoffroy de Charnay, précepteur de Normandie, ont avoué sous la torture les crimes dont on les accuse — hérésie, sodomie, reniement du Christ — puis s'y sont rétractés, puis ont avoué de nouveau, au gré des pressions et des procédures. Leur sort est réglé depuis longtemps. Le pape Clément V a dissous l'ordre au concile de Vienne en 1312. Il ne reste plus qu'à en finir.
Le légat du pape les condamne à la prison perpétuelle. Mais de Molay, à l'énoncé du jugement, fait quelque chose d'inattendu : il se lève et nie tout. Hérésie, trahison, imposture — rien de tout cela n'est vrai. L'ordre du Temple est pur. Geoffroy de Charnay l'imite aussitôt. Les deux hommes viennent de signer leur arrêt de mort en se rétractant une dernière fois.
Philippe IV n'attend pas le lendemain. Le soir même, le bûcher est allumé sur l'île aux Juifs. De Molay y monte, dit-on, avec calme. La légende lui prête une malédiction lancée depuis les flammes contre le roi et le pape, promis à le rejoindre avant l'année. Clément V mourra le 20 avril. Philippe IV le 29 novembre.
Le Temple, dont la puissance financière et militaire avait inquiété les têtes couronnées d'Europe, disparaît avec ses derniers chefs. Ses archives sont dispersées, ses commanderies confisquées, ses membres absous ou condamnés selon les royaumes. Sur l'île aux Juifs, il ne reste que des cendres.