Histoire de la rue
Sous les arcades qui longent le jardin du Palais-Royal côté ouest, la galerie de Montpensier tient son nom du voisinage de la rue éponyme — elle-même baptisée en l'honneur du duc de Montpensier, second fils de Philippe-Égalité. Avant de s'appeler galerie des Combats puis galerie Montpensier, elle porta, selon Rochegude, les noms de galerie de la Loi et galerie de Quiberon, reflets successifs des tempêtes révolutionnaires. Longue de 227 mètres pour à peine 4 mètres de large, elle relie le péristyle de Montpensier au péristyle de Joinville : une enfilade couverte où boutiques, cafés et salons se touchent coude à coude.
C'est ici que bat le pouls du Palais-Royal pré-révolutionnaire. Au n° 17, Philippe Curtius installe dès 1785 son cabinet de figures de cire, où les bustes des grands de ce monde font sensation — et où sa nièce Marie Grosholtz, la future Mme Tussaud, fait ses premières armes de sculpteur. Au n° 65, une Société musicale maçonnique cultive l'harmonie entre 1782 et 1789. Plus loin, le cabinet de curiosités mécaniques de Le Pelletier achève de transformer la galerie en un bazar du savoir et du spectacle.
Le 12 juillet 1789, c'est pourtant ici que tout bascule. Devant le café de Foy (n° 57–60), Camille Desmoulins saute sur une table, agite ses pistolets et harangue la foule : son discours est considéré comme l'étincelle qui embrase Paris et mène, deux jours plus tard, à la prise de la Bastille. Les émeutiers arborent alors des feuilles arrachées aux arbres du jardin en guise de cocardes. Le café sera fermé par la Garde nationale, jugé trop chaud. Aux n° 13–14, les plumes royalistes ripostent : Les Actes des Apôtres, pamphlet archi-contre-révolutionnaire, sort de presse avec une ironie que ses rédacteurs — Peltier, Suleau, Champcenetz, Mirabeau-Tonneau — assument pleinement. Dans le même temps, les n° 7–12 abritent les réunions du Club Breton, embryon de ce qui deviendra le club des Jacobins, puis celles du Club des Allobroges, réfugiés savoyards en exil. Au n° 50–54, un salon de jeu accueille pendant la Révolution réactionnaires, escrocs et exagérés, et sert de plaque tournante à un trafic de faux billets. Chamfort, lui, loge au n° 18 et tente de se suicider pendant la Terreur.
La galerie n'en finit pas de nourrir les imaginaires. Balzac y plonge son héros Raphaël de Valentin dans un tripot au n° 33 pour ouvrir La Peau de chagrin (1831), et s'approvisionne régulièrement à l'épicerie du n° 22, qu'il cite à plusieurs reprises dans son œuvre. Lamennais, auteur des Paroles d'un croyant, y réside au même numéro peu avant sa mort. En 1871, après la Commune, le n° 36 accueille la reprise des dîners des Vilains Bonshommes — et leur rupture retentissante avec les Parnassiens.