Inhumation clandestine de la comédienne Adrienne Lecouvreur, suite au refus du cimetière par le curé de St Sulpice

Hôtel de Sommery

Adrienne Lecouvreur, dans Cornelia, La mort de Pompée, par Charles Antoine Coypel 1721-1724

Adrienne Lecouvreur meurt le 20 mars 1730, à quarante ans, dans son appartement de la rue des Fossés-Saint-Germain. Elle était la plus grande actrice de la Comédie-Française, admirée de toute l'Europe, maîtresse du maréchal Maurice de Saxe. Le curé de Saint-Sulpice refuse de lui accorder les sacrements — elle n'a pas renoncé à sa profession de comédienne, état d'infamie aux yeux de l'Église. Sans sacrements, pas de sépulture chrétienne.

Le corps est donc emporté nuitamment, sans cérémonie, sans croix, sans nom. On l'enterre à la sauvette dans un terrain vague du faubourg Saint-Germain, côté rue de Grenelle, chaulé comme un indigent. Maurice de Saxe n'est pas là — il est reparti aux armées. Voltaire, lui, est présent. Il ne pardonnera pas.

Il tire de ce scandale l'une de ses pièces de combat les plus cinglantes, comparant le sort réservé à Lecouvreur à celui d'une actrice anglaise, Anne Oldfield, enterrée à Westminster avec les honneurs. La France, écrit-il en substance, couvre d'honneurs ses guerriers et jette ses artistes à la voirie. L'affaire Lecouvreur devient un des premiers épisodes du long procès des philosophes contre l'Église et l'intolérance.

Un siècle plus tard, Scribe et Legouvé en feront un drame à succès. Sarah Bernhardt y jouera Adrienne. La rue de Grenelle a oublié la fosse. Voltaire, lui, n'avait pas oublié.