Journées du 11 au 13 août 1792, la statue de Louis XIV par Desjardins est abattue par le peuple, place des Victoires.
Estampe de Jean-Louis Prieur. Musée Carnavalet.
La monarchie avait péri la veille dans les jardins des Tuileries ; le lendemain, ses images de bronze et de pierre tombèrent sur toutes les places de Paris.
Le 10 août avait mis fin à la monarchie dans les faits. Le 11 août la défit dans l'espace de la ville.
Dans les heures qui suivirent la prise des Tuileries, les insurgés s'attaquèrent systématiquement aux statues royales qui ornaient les grandes places. Place de la Concorde, rebaptisée "place de la Révolution" ce même jour, la statue équestre de Louis XV, oeuvre de Bouchardon et Pigalle, fut abattue : elle serait remplacée par une statue de la Liberté. Place des Victoires, la statue de Louis XIV fut renversée et envoyée à la fonte pour y fabriquer des canons. Son socle portait les représentations symboliques de l'Allemagne, de l'Espagne, de la Hollande et du Piémont vaincus sous le Roi-Soleil : toutes ces gloires furent fondues avec lui. Une seconde statue de Louis XIV disparut le même jour place Vendôme. Place des Vosges, la statue équestre de Louis XIII, en bronze depuis 1639, fut détruite. Pont Neuf, la statue d'Henri IV fut abattue à son tour.
En quelques heures, Paris vidait ses places publiques d'un siècle et demi de statuaire royale. Le mouvement n'était pas coordonné depuis un centre : il était simultané, dans plusieurs quartiers à la fois, conduit par des groupes d'insurgés, de fédérés et de sans-culottes agissant de leur propre initiative.
Ces destructions n'étaient pas un accident. La statue royale, depuis Louis XIV, était un instrument politique précis : elle occupait l'espace public pour y affirmer la permanence et la gloire d'un pouvoir personnel qui se voulait l'État même. L'abattre, c'était prendre l'espace, retirer à la monarchie sa présence visible dans la ville. La République n'était pas encore proclamée, mais elle commençait à occuper le terrain.