Léon Blum blessé le 13 février 1936
Le 13 février 1936, boulevard Saint‑Germain, Léon Blum manque de peu d’être lynché. Alors que se déroule le cortège funèbre de Jacques Bainville, historien royaliste et figure de l’Action française, Blum tente de traverser en automobile la foule massée sur le parcours. Mauvais endroit, mauvais moment : pour les ligueurs, le chef de file du socialisme parlementaire, artisan du Rassemblement populaire, est l’ennemi absolu, déjà désigné comme futur président du Conseil.
Reconnu, son véhicule est aussitôt encerclé. Les insultes fusent, puis les coups. On brise les vitres, on arrache les portières, on frappe Blum au visage. Il échappe au pire grâce à l’intervention de quelques passants et de policiers qui parviennent à l’extraire, blessé, mais vivant. L’épisode, d’une violence nue, illustre le climat d’hystérie politique qui règne à Paris quelques mois à peine après les émeutes du 6 février 1934.
Cette agression n’est pas un « dérapage » isolé : elle condense la haine d’une extrême droite royaliste, antisémite et antiparlementaire contre un dirigeant socialiste juif, symbole, à ses yeux, de tout ce qu’elle exècre. Elle agit aussi comme un révélateur : pour une large partie de l’opinion de gauche, voir Blum frappé au milieu de la rue confirme l’urgence de serrer les rangs face aux menaces fascistes. Quelques semaines plus tard, le Front populaire remportera les élections, et Blum formera le gouvernement que ses agresseurs de février rêvaient déjà d’empêcher.