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8 octobre 1870
Événement

Cinq mille gardes nationaux réclament la sortie en masse devant l'Hôtel de Ville et se heurtent aux bataillons bourgeois

Hôtel de ville
Cinq mille gardes nationaux réclament la sortie en masse devant l'Hôtel de Ville et se heurtent aux bataillons bourgeois
//Le Siège de Paris//, par Ernest Meissonier, 1870-1884. Musée d'Orsay.

Le gouvernement n'a pas besoin de tirer sur les manifestants : il lui suffit d'envoyer contre eux les bataillons des beaux quartiers.

Depuis le 19 septembre, Paris est enfermée. Le gouvernement de la Défense nationale multiplie les déclarations martiales et évite soigneusement l'action. Le général Trochu, gouverneur militaire, a un "plan" dont personne ne connaît le contenu et qui consiste, on le comprendra plus tard, à laisser la ville s'épuiser jusqu'à ce que la capitulation devienne acceptable. Les quartiers populaires réclament l'inverse : la sortie en masse, l'offensive générale contre les lignes prussiennes, la guerre à outrance.

Le 8 octobre 1870, cinq mille gardes nationaux se rassemblent place de l'Hôtel de Ville. Ils viennent en armes, en formation, avec leurs officiers élus. Ils demandent l'offensive et la levée du soupçon qui pèse sur les négociations de Jules Favre avec Bismarck. Auguste Blanqui, sorti de prison à la chute de l'Empire, est présent, comme Jean-Baptiste Millière, futur communard qui sera fusillé sur les marches du Panthéon en mai 1871.

La réponse du gouvernement est habile. Il ne fait pas tirer. Il appelle sur la place les bataillons de la Garde nationale des quartiers riches : le faubourg Saint-Germain, le quartier de la Bourse. Ces bataillons, composés de bourgeois, de commerçants et de rentiers, sont hostiles à toute agitation populaire. Ils submergent numériquement les manifestants. La place se remplit d'une foule contradictoire, et la manifestation perd sa signification politique. Jules Favre paraît alors et prononce une harangue. Il rassure, il promet, il ne s'engage à rien. La manifestation se disperse.

La Garde nationale de Paris compte alors des centaines de milliers d'hommes, armés par décret depuis septembre. Elle est traversée par la fracture sociale de la ville : les bataillons des arrondissements ouvriers contre ceux des arrondissements bourgeois. Cette fracture sera exactement celle du 18 mars 1871. Le 31 octobre 1870, trois semaines après cette journée, une tentative insurrectionnelle occupera brièvement l'Hôtel de Ville et prendra le gouvernement en otage. Elle échouera de peu.