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29 septembre 1902
Événement

Mort suspecte d'Émile Zola, asphyxié rue de Bruxelles quatre ans après "J'accuse"

Demeure d'Émile Zola (à partir de septembre 1889)
📍 21 bis rue de Bruxelles — 9e arr. (rez-de-chaussée et 1er étage)
Mort suspecte d'Émile Zola, asphyxié rue de Bruxelles quatre ans après "J'accuse"
Le journal L’Aurore du 13 janvier 1898 avec J’accuse, la lettre ouverte d’Émile Zola.

Une cheminée bouchée, un homme mort dans son lit, une femme qui survit : quatre ans après avoir sauvé Dreyfus, Zola meurt d'un accident que personne n'a jamais pu vraiment expliquer.

Émile Zola meurt dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902 au 21 bis de la rue de Bruxelles, dans le 9e arrondissement, où il vit depuis 1889. Il a soixante-deux ans. La cause officielle est l'asphyxie par oxyde de carbone : le conduit de la cheminée de la chambre était obstrué. Sa femme Alexandrine, dans le même lit, survit de justesse.

L'enquête conclut à l'accident. Les experts vérifient la cheminée et constatent l'obstruction. Ils ne parviennent pas à expliquer comment elle s'est produite. Des expériences sont conduites avec des cobayes, qui ne meurent pas. Le doute s'installe immédiatement.

Zola était devenu, quatre ans plus tôt, l'homme le plus haï de France par les milieux nationalistes et antisémites. Le 13 janvier 1898, il avait publié dans L'Aurore une lettre ouverte au président Félix Faure : "J'accuse." Le texte, écrit en une nuit, accusait nommément les officiers de l'état-major d'avoir sciemment condamné un innocent, le capitaine Dreyfus, et couvert le vrai coupable. Il valut à Zola un procès, une condamnation, un exil en Angleterre. Il fit basculer l'Affaire : la révision devint inévitable, et Dreyfus sera réhabilité en 1906.

Les nationalistes ne le lui pardonnèrent jamais. Sa maison fut menacée, ses livres brûlés, sa personne insultée quotidiennement dans la presse de droite. En 1953, cinquante et un ans après sa mort, le journal Libération publia le témoignage recueilli auprès d'un fumiste parisien nommé Henri Buronfosse, militant d'extrême droite, qui aurait avoué avant de mourir avoir bouché la cheminée de Zola par vengeance politique. Le témoignage est indirect et n'a jamais pu être vérifié. Il n'a jamais été réfuté non plus.

Ses obsèques ont lieu au cimetière de Montmartre. Anatole France prononce l'éloge funèbre : "Il fut un moment de la conscience humaine." Dreyfus, encore officiellement coupable, y assiste. Zola sera transféré au Panthéon en 1908 ; le jour de la cérémonie, un journaliste nationaliste tirera deux coups de revolver sur Dreyfus, le blessant au bras.