À minuit, le tocsin sonne. Avant de marcher sur le roi, les insurgés prennent l’Hôtel de Ville.
L’été 1792 est brûlant. La patrie a été déclarée en danger, les fédérés des départements affluent à Paris — cinq cents Marseillais parmi eux —, et les clubs réclament ouvertement la déchéance de Louis XVI. Le 9 août, la section des Quinze-Vingts, au faubourg Saint-Antoine, lance un ultimatum : si le roi n’est pas détrôné le jour même, elle sonnera le tocsin à minuit et attaquera les Tuileries. Quarante-sept sections sur quarante-huit se rangent derrière elle.
À minuit, le tocsin sonne. Dans la nuit, les commissaires des sections s’installent à l’Hôtel de Ville, en chassent la municipalité légale et forment une Commune insurrectionnelle. Elle se donne pour président Sulpice Huguenin, une figure du faubourg Saint-Antoine. Le maire, Jérôme Pétion, que le roi avait fait venir aux Tuileries, est ramené à l’Hôtel de Ville et placé sous la garde de trois cents hommes : il ne peut plus ni aider le roi ni gêner l’insurrection.
Reste l’homme qui peut tout faire échouer : le marquis de Mandat, commandant de la Garde nationale, chargé de défendre le château. Il a posté les Suisses dans les cours, des gardes nationaux dans le jardin, et placé des canons au Pont-Neuf et à l’arcade Saint-Jean, derrière l’Hôtel de Ville, pour barrer la route aux faubourgs. Sur le conseil de Danton, la nouvelle Commune le convoque. C’est un piège : ignorant que le pouvoir a changé de mains, Mandat obéit. On l’arrête, on l’accuse d’avoir autorisé la troupe à tirer sur le peuple, on l’envoie à la prison de l’Abbaye. Il n’y arrivera pas : à peine sorti de l’Hôtel de Ville, sur la place de Grève, il est abattu par la foule. La Commune confie aussitôt la Garde nationale au brasseur Santerre, et Manuel fait replier les canonniers du Pont-Neuf. La route des Tuileries est ouverte.
Au matin du 10 août, deux colonnes marchent sur les Tuileries : quinze mille hommes du faubourg Saint-Antoine par la rive droite, cinq mille du faubourg Saint-Marceau par la rive gauche. En avant-garde, les fédérés marseillais et bretons braquent leurs canons sur le château depuis le Carrousel. Privés de chef, beaucoup de gardes nationaux censés défendre le roi fraternisent avec les assaillants ; il ne reste guère que les quelque neuf cents Gardes suisses et une poignée de gentilshommes. « Sire, Votre Majesté n’a pas cinq minutes à perdre », presse Roederer au nom du département : la famille royale traverse le jardin et va se réfugier à l’Assemblée, où elle passe la journée dans la loge du greffier.
Au château, le feu éclate sans qu’on sache qui a tiré le premier. Les Suisses ont d’abord l’avantage, et les Marseillais et les Brestois perdent beaucoup des leurs. Puis arrive un billet du roi — il est conservé — qui leur ordonne de cesser le feu et de se retirer : en pleine bataille, l’ordre les condamne. Pris à revers, taillés en pièces dans le jardin, pourchassés dans le palais, environ trois cents d’entre eux sont tués ; les insurgés comptent, eux aussi, quelque trois cents victimes. L’Assemblée suspend le roi et convoque une Convention, et la Commune fait enfermer Louis XVI et les siens à la tour du Temple.
Pendant six semaines, jusqu’à la première séance de la Convention, le 21 septembre, la Commune insurrectionnelle sera le vrai pouvoir de Paris. C’est sous son règne qu’éclatent les massacres de Septembre.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.
Personnages liés