Histoire de la rue
La rue Beaubourg tire son nom d'un des plus vieux faubourgs de Paris : le Beau-Bourg, hameau mentionné dès le XIe siècle au nord-est de la Cité. Le toponyme, cependant, doit peu à la beauté des lieux — les mauvaises langues du Moyen Âge lui prêtaient une étymologie nettement moins flatteuse, renvoyant à la réputation dissolue du quartier. La poterne percée tardivement dans l'enceinte de Philippe Auguste, vers les numéros 30–39, confirme que ce secteur resta longtemps une marge, une zone de passage et de transit en dehors des murailles.
Sous ses noms anciens, la rue se révèle encore plus pittoresque : rue Trace Putain, rue Tasse Nonnain, rue Trousse Nonnain… autant de noms qui disent sans détour la réputation des ruelles médiévales du coin. Plus tard, un certain Nicolas Huydrelon laisse sa trace dans le nom « rue outre la Poterne Nicolas Hydron ». Entre 1651 et 1653, Blaise Pascal y réside au n° 44, apportant au quartier populaire et laborieux un bref éclair de génie. La Révolution y emporte Jean-Claude Girardin, militant de la Section des Gravilliers, guillotiné le 11 Thermidor an II.
Le massacre de la rue Transnonain
C'est en avril 1834 que la rue entre dans l'Histoire avec une brutalité soudaine. Dans le sillage de l'insurrection républicaine de Lyon et Paris, des soldats massacrent plusieurs habitants de la rue Transnonain — alors nom de ce tronçon — au n° 62. Honoré Daumier immortalise la scène dans une lithographie glaçante, l'une des images les plus accusatrices du XIXe siècle français. Le nom de « rue Transnonain » est encore gravé au n° 79, mémoire têtue gravée dans la pierre.
C'est précisément cette mémoire d'émeutes qui pousse Haussmann et le Second Empire à agir : entre 1854 et 1858, le percement de la rue Beaubourg et de la rue de Turbigo est assumé comme une opération stratégique destinée à éventrer un « quartier des barricades ». L'arrêté du 11 mars 1851 avait déjà réuni en une seule voie la rue Transnonain, le passage au Maire, la rue Saint-Hugues et l'ancienne rue Beaubourg. Après la Commune, Albert Theisz, ouvrier militant signataire du manifeste de la Minorité, y revient d'exil ; une boutique de drapeaux et insignes du mouvement ouvrier s'installe au n° 81 en 1910. En 1977, l'inauguration du Centre Pompidou au n° 19 referme la boucle de ces siècles de turbulences : l'ancien quartier des barricades accueille désormais le musée le plus fréquenté d'Europe.