Histoire de la rue
Longtemps appelée rue des Postes, cette artère du Quartier Latin tire son nom actuel, attribué par décret du 27 février 1867, du grammairien Charles François Lhomond (1727-1794), auteur d'un célèbre abrégé de grammaire latine — hommage d'autant plus approprié que la rue est depuis longtemps entourée d'établissements d'enseignement.
Son passé religieux et scolaire est dense. Au n° 28-30, un séminaire missionnaire forme dès 1731 des prêtres destinés aux colonies, illustrant cette alliance du goupillon et du sabre dans l'entreprise coloniale. Les bâtiments remarquables qui s'élèvent entre 1778 et 1782 — chapelle, réfectoire, escalier — témoignent encore de cette vocation. Plus tard, au n° 26, un décret impérial de 1808 crée une nouvelle École Normale, qui y fonctionnera jusqu'en 1826. Au n° 18, l'école des jésuites devient pendant la Commune de 1871 le théâtre d'une séquence mouvementée : les Fédérés du 204e bataillon y arrêtent les religieux, perquisitionnent les lieux en vertu du décret sur les biens de l'Église, et projettent même d'y ouvrir la première école professionnelle — initiative avortée par la Semaine sanglante.
La rue des Postes a aussi ses fantômes littéraires et illustres. En 1784, Renée-Pélagie de Sade trouve refuge au n° 33 tandis que son époux, le marquis Donatien de Sade, croupit à Vincennes puis à la Bastille — Victor Hugo transposera plus tard ce même immeuble au « 62 rue de Picpus » dans Les Misérables, adresse fictive destinée à déjouer la censure. C'est au n° 45 qu'Honoré de Balzac situe la sinistre pension Vauquer du Père Goriot (1819) ; le pavillon de style Directoire et sa cour pavée restent évocateurs. Jules Michelet, lui, habite au n° 10 à partir de 1839. Au n° 54, les réunions politiques publiques de 1870-1871 signalent une rue en ébullition à la veille de la Commune. Enfin, bien plus discrète, la rue cache ses profondeurs : au n° 68, un puits communique encore avec les anciennes carrières souterraines, rappel que le sous-sol de ce quartier est aussi troué que son histoire est riche.