La rue Rambuteau doit son nom à Claude-Philibert Barthelot de Rambuteau (1781–1869), préfet de la Seine sous la monarchie de Juillet, qui ordonna son percement par ordonnance du 5 mars 1838. La dénomination officielle suit le 2 novembre 1839. C'est l'une des grandes percées préhaussmanniennes de Paris : près d'un kilomètre (975 m) tracé à travers le vieux tissu médiéval des Halles et du Marais, 13 mètres de large — une largeur alors jugée spectaculaire. Rambuteau y laissa aussi une petite empreinte quotidienne : il fit poser sur les immeubles de la rue les premières plaques en faïence à chiffres blancs sur fond bleu (1844–1847), ancêtres directes de la signalétique parisienne que l'on connaît encore.
Mais avant que la pioche du préfet ne passe, le sol de cette trouée portait des strates d'histoire impressionnantes. Aux n° 3–5, le mur mitoyen des immeubles épouse encore le tracé de l'enceinte de Philippe Auguste (1190), et le passage Sainte-Avoye (n° 8) en garde lui aussi la mémoire. Plus loin, au niveau du n° 120 — là où débouchait l'antique rue de la Pirouette, dont le nom évoque le pilori rotatif des Halles —, se dressait depuis 1250 environ le pilori des Halles, instrument de l'infamie publique pour marchands véreux et débiteurs récalcitrants. Lieu d'exposition, lieu d'exécution : Pierre des Essarts y est décapité en 1413, trahi par Jean sans Peur qui l'avait pourtant promis à la vie sauve ; en 1418, c'est le bourreau Capeluche, trop familier envers le duc, qui perd la tête au même endroit. Jacques d'Armagnac, chef de la Ligue du Bien Public, y est exécuté en 1477. En 1707, la cruauté du lieu prend une tournure absurde : le livre de Vauban prônant une réforme égalitaire de l'impôt est mis symboliquement au pilori — et l'ingénieur en mourra de chagrin.
La rue Rambuteau percée, le quartier se transforme, mais ne s'assagit pas. Au n° 108, on situe la maison natale (1655) du dramaturge Jean-François Regnard, auteur du Distrait et du Légataire universel. Au n° 54, en 1848, le citoyen Furet réunit le Club de la Révolution pour débattre des élections. Au n° 102, Victor Hugo place une barricade des Misérables : c'est là qu'Enjolras et les amis de l'ABC — « l'abaissé » — tiennent leurs réunions et trouvent la mort fictive en juin 1832. Plus prosaïquement, au n° 14, deux vendeurs se rencontrent entre 1860 et 1870 : ils fonderont ensemble la Samaritaine. Et au n° 18, Maxime Lisbonne transforme les Folies Rambuteau en Théâtre de la Révolution française le 1er avril 1886 — troisième coup d'éclat d'un homme qui en fit plusieurs.