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Au 11 quai de Conti, face à la Seine et au Pont-Neuf, l'Hôtel des Monnaies est l'une des plus belles façades néoclassiques de Paris — et l'une des plus chargées d'histoire. L'édifice que l'on voit aujourd'hui est construit sous Louis XV par l'architecte Jacques Denis Antoine, avec des sculptures de Jean-Baptiste Pigalle ; il remplace un ancien Hôtel de Nevers dont le sous-sol recèle encore, à quinze mètres de profondeur, les vestiges de l'enceinte de Philippe Auguste (1209). Pendant les guerres de Religion, ce même hôtel sert de quartier général à la Ligue catholique, sous le regard contraint d'Henri III.

Mais c'est au Siècle des Lumières que le lieu s'embrase intellectuellement. En 1786, Sophie de Grouchy — Mme de Condorcet — y ouvre un salon philosophique qui réunit Mirabeau, Beaumarchais, Chamfort et l'ambassadeur Thomas Jefferson. Son époux Nicolas de Condorcet, inspecteur général des Monnaies logé dans l'édifice, y débat avec Benjamin Franklin du texte de la Constitution américaine, avant de publier ici même, en 1790, son audacieux Sur l'admission des femmes au droit de cité. En 1777, les astronomes Jeaurat et Pingré y installent des méridiennes pour indiquer l'heure solaire de midi ; en 1795, la Monnaie frappe les premiers francs du système décimal.

La Commune de 1871 y ajoute ses pages les plus contrastées : le blanquiste Zéphirin Camélinat en prend la direction, fait graver une pièce nouvelle pour payer les gardes nationaux et s'échappe in extremis avec 153 000 francs lors de la chute. Dans la même cour, pendant la Semaine sanglante, les Versaillais de Joseph Vinoy — qui y installe son quartier général — massacrent des fédérés, déserteurs et étrangers ayant rejoint l'insurrection. En 1941-1944, un certain Robert Roussel y organise discrètement un réseau d'aide aux réfractaires du STO ; et à la Libération, la Monnaie abrite un second poste de commandement des FFI parisiens.

Noms successifs du lieu

  • 1588 — 1594 Hôtel de Nevers, quartier général de la Ligue catholique
  • XVIIIe siècle Construction et mise en service de l'Hôtel des Monnaies (atelier de frappe, logements de fonction)
  • 1795 Hôtel des Monnaies — frappe du franc, première monnaie décimale française
  • 1871 "La Monnaie" sous la Commune, puis QG versaillais de Vinoy pendant la Semaine sanglante
  • Depuis le XIXe siècle Hôtel des Monnaies / Monnaie de Paris — atelier officiel de frappe et musée monétaire

Toponymie — quai de Conti

quai de Conti
L'Hôtel de Conti y avait sa principale entrée.
Anciens noms : quai Guénégaud · quai de Nesle · quai de l'Unité · quai de la Monnaie · quai de Nevers
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Événements à cette adresse

14 événements · 1209 — 1944
11 quai de Conti — 6e arr.
Hôtel des Monnaies — Quartier général du groupe Roussel
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Personnage(s) : Robert Roussel
11 quai de Conti — 6e arr.
11 quai de Conti — 6e arr.
Hôtel des Monnaies — Quartier général du général Vinoy
Quartier général de Joseph Vinoy, chef de l'armée de réserve versaillaise pendant la Semaine sanglante
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Personnage(s) : Joseph Vinoy
11 quai de Conti — 6e arr.
Hôtel des Monnaies
Camélinat fait évacuer l'Hôtel de la Monnaie et emporte in extremis 153 000 F de la nouvelle pièce qu'il a fait graver pour pouvoir payer les gardes nationaux
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Personnage(s) : Zéphirin Camélinat
11 quai de Conti — 6e arr.
Hôtel des Monnaies (dans la cour) — Lieu de massacre de Communards
Massacre de combattants pendant la Semaine sanglante ; en priorité les soldats considérés comme déserteurs et les étrangers ayant rejoint la Commune
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Personnage(s) : Isidore Garnier ·Fédérés
11 quai de Conti — 6e arr.
Hôtel des Monnaies (dit "La Monnaie")
Camélinat est nommé par la Commune à la direction de la Monnaie
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11 quai de Conti — 6e arr.
Hôtel des Monnaies
Application du système décimal ; la monnaie officielle devient le Franc
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11 quai de Conti — 6e arr.
Hôtel des Monnaies — Demeure de Nicolas de Condorcet
En 1790, la Révolution vient de proclamer l'égalité de tous les hommes. Elle a oublié la moitié du genre humain. L'Hôtel des Monnaies, quai de Conti, est l'un des salons les plus courus de Paris. Sophie de Grouchy…

En 1790, la Révolution vient de proclamer l'égalité de tous les hommes. Elle a oublié la moitié du genre humain.

L'Hôtel des Monnaies, quai de Conti, est l'un des salons les plus courus de Paris. Sophie de Grouchy, épouse de Nicolas de Condorcet, y reçoit depuis 1787 : philosophes, mathématiciens, hommes politiques viennent débattre dans les appartements que le poste d'inspecteur général des monnaies de son mari met à leur disposition. Sophie n'est pas que l'hôtesse. Philosophe elle-même, elle traduit Adam Smith et publie ses propres Lettres sur la sympathie en appendice. C'est un espace où les idées se fabriquent à deux.

Le 3 juillet 1790, le Journal de la Société de 1789 — fondé par Condorcet et Sieyès — publie « Sur l'admission des femmes au droit de cité ». Signé de Condorcet, mais sans doute écrit en partie avec Sophie.

L'argument est simple et dévastateur. Si les droits politiques découlent de la capacité à raisonner et à exercer un jugement moral, exclure les femmes est une contradiction flagrante : soit on admet qu'elles sont des êtres raisonnables, soit on avoue que la Révolution ne proclame pas des droits universels mais des droits masculins. Condorcet ne laisse pas d'échappatoire : l'exclusion des femmes repose sur « l'habitude » et « les préjugés », pas sur la raison.

Le texte paraît quatorze mois avant la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne d'Olympe de Gouges. Ni l'un ni l'autre ne sera entendu. La Constitution de 1791 confirme l'exclusion des femmes de la citoyenneté active. Celle de 1793 aussi. La Révolution, comme l'écrira Marx dans La Question juive, avait proclamé les droits « de l'homme bourgeois » — ceux du propriétaire masculin, pas de l'être humain en général.

Condorcet mourra en prison en mars 1794. Sophie survivra à la Terreur et à la ruine. Pour vivre sous le Directoire, elle tiendra une boutique.

Les femmes françaises voteront pour la première fois en avril 1944. Cent cinquante-quatre ans après ce texte écrit quai de Conti.

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11 quai de Conti — 6e arr.
Hôtel des Monnaies — Demeure de Nicolas de Condorcet
Condorcet, inspecteur général des Monnaies, discute avec Franklin sur le texte de la Constitution ; il sera un des premiers à se revendiquer républicain, dans un premier temps de façon anonyme
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11 quai de Conti — 6e arr.
Hôtel des Monnaies — Salon de Sophie de Condorcet
En 1786, au 11 quai de Conti à Paris, Sophie de Condorcet, également connue sous le nom de Sophie de Grouchy, inaugure un salon philosophique qui devient rapidement un centre d’échanges intellectuels majeurs à la veille…

En 1786, au 11 quai de Conti à Paris, Sophie de Condorcet, également connue sous le nom de Sophie de Grouchy, inaugure un salon philosophique qui devient rapidement un centre d’échanges intellectuels majeurs à la veille de la Révolution française. Mariée cette même année à Nicolas de Condorcet, mathématicien et philosophe, elle accueille dans son salon des figures françaises et internationales telles que Thomas Jefferson, Benjamin Franklin, Mirabeau, Chamfort et Beaumarchais. Ce salon, situé à l’Hôtel des Monnaies, se distingue par la diversité de ses invités et l’ouverture aux débats sur les droits humains, l’égalité des sexes et les idées des Lumières. Sophie de Condorcet, polyglotte et philosophe, y joue un rôle actif, favorisant la discussion sur l’éducation, la citoyenneté et la réforme sociale. Son influence contribue à l’engagement de son mari en faveur des droits des femmes et à la diffusion des idées progressistes parmi l’élite intellectuelle parisienne. Ce lieu devient ainsi un foyer essentiel de la pensée réformatrice à la fin du XVIIIe siècle.

Sources

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11 quai de Conti — 6e arr.
Hôtel des Monnaies
Méridiennes de Paris indiquant l’heure de midi grâce à la course du soleil
Emplacement : 2ème cour à gauche
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11 quai de Conti — 6e arr.
Hôtel de Nevers (dit de la Ligue)
Emplacement : emplacement de l'Hôtel des Monnaies
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Personnage(s) : Henri III
11 quai de Conti — 6e arr.
Enceinte de Philippe Auguste (vestiges)
Emplacement : dans l'Hôtel des Monnaies
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11 quai de Conti — 6e arr.

Aujourd'hui

La Monnaie de Paris occupe toujours le bâtiment, désormais classé monument historique. On peut y visiter le musée de la Monnaie, qui retrace l'histoire du monnayage et conserve poinçons, matrices et collections numismatiques. Des ateliers de frappe sont parfois ouverts au public, et l'aile côté Seine accueille un restaurant gastronomique avec vue sur le fleuve.

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