Au 51 de l'avenue de Flandre — l'ancienne route qui file vers le nord-est, droit vers la Flandre —, une salle et un journal partagent la même adresse et le même nom explosif : La Marseillaise. Le 19 décembre 1869 paraît le premier numéro du quotidien républicain fondé par Henri Rochefort, plume acérée, ennemi déclaré du Second Empire. Autour de lui gravitent Victor Noir, Gustave Flourens, Paschal Grousset, Prosper-Olivier Lissagaray ou encore Jenny Marx — une rédaction qui ressemble à un état-major de l'opposition. Le 7 février 1870, l'arrestation de Rochefort alors qu'il se rendait justement salle de la Marseillaise met le feu aux poudres : l'émeute embrase Belleville et les Boulevards.
Mais la salle est bien plus qu'une annexe du journal. C'est en 1870 que quelque 1 000 délégués s'y réunissent pour constituer une Fédération parisienne de l'Association Internationale des Travailleurs, sous l'impulsion d'Eugène Varlin. La foule y élit aussi symboliquement Edmond Mégy président honoraire. Avec la Commune de 1871, le lieu se mue en club révolutionnaire, en arsenal — six canons récupérés par les Fédérés y sont entreposés — et même en tribunal populaire. En mars 1871, la Garde nationale y rejette catégoriquement le général monarchiste Louis d'Aurelle de Paladines et réclame Garibaldi à sa tête. Le 18 mars, 6 000 hommes de la division Faron, envoyés reprendre les canons, fraternisent avec la foule et livrent leurs armes — scène préfigurant le basculement insurrectionnel. La Semaine sanglante met fin à cette effervescence dans le sang.
Noms successifs du lieu
- 19 décembre 1869 Siège du journal républicain La Marseillaise, fondé par Henri Rochefort
- 1870 Salle de réunion politique publique et siège de la Fédération parisienne de l'AIT
- 1871 Club révolutionnaire, arsenal des Fédérés et tribunal populaire pendant la Commune
- mai 1871 Secteur de barricades lors de la Semaine sanglante
Toponymie — avenue de Flandre
Événements à cette adresse
13 événements · 1869 — 1871Aujourd'hui
Le bâtiment du 51 avenue de Flandre ne subsiste pas sous sa forme d'origine ; l'avenue, longtemps populaire et commerçante, a été profondément remaniée au XXe siècle. Aucun vestige identifiable de la salle ou du journal n'est aujourd'hui visible sur place.
