Histoire de la rue
L'avenue de Flandre tire son nom de la vocation première du chemin qu'elle prolonge : une route nationale pointant droit vers la Flandre, portant les marchandises, les soldats et les voyageurs vers le nord-est. Longtemps appelée rue de Flandre, elle n'acquiert son statut d'avenue — et ses cinquante mètres de large — qu'avec l'arrêté municipal du 14 janvier 1994, même si son emprise et son tracé remontaient à bien plus tôt. Elle relie aujourd'hui le boulevard de la Villette au pont du chemin de fer de Ceinture, sur près d'un kilomètre et demi, traversant les quartiers du Pont-de-Flandre et de la Villette.
Le sous-sol garde la mémoire des âges : lors du creusement du canal de l'Ourcq, on exhume au niveau du 130 les vestiges d'une villa gallo-romaine et un trésor de pièces datables du règne de Dioclétien. Plus haut dans le temps, le village de La Villette possédait là, au 132, sa première église (1578), et plus tard une prison assortie de son pilori — les deux fonctions, spirituelle et punitive, du bourg d'Ancien Régime. En 1771, la prison voisine de Saint-Lazare y transfère une partie de ses détenus. Une curiosité discrète subsiste aux numéros 44-46 : entre 1780 et 1810 environ, des Juifs portugais sont inhumés de nuit dans le jardin d'une auberge, faute de cimetière officiel ; certaines tombes seraient toujours là. À l'entrée de la rue, la barrière de Senlis du mur des Fermiers généraux — conçu notamment par Claude-Nicolas Ledoux — marque le seuil de Paris de 1786 à 1860.
La Salle de la Marseillaise, foyer de la révolution
C'est au 51 que l'avenue concentre l'essentiel de son intensité politique. Le 19 décembre 1869, Henri Rochefort y lance La Marseillaise, quotidien républicain et satirique qui fait trembler le Second Empire. La salle attenante devient aussitôt le quartier général de l'opposition : en 1870, un millier de délégués y fondent une Fédération parisienne de l'Association Internationale des Travailleurs et lancent une campagne anti-plébiscitaire. Quand Rochefort est arrêté alors qu'il se rendait à une réunion dans cette même salle, le 7 janvier 1870, l'émeute embrase Belleville et les Boulevards.
Sous la Commune, la salle de la Marseillaise devient un pivot insurrectionnel. Le 3 mars 1871, la Garde nationale s'y réunit et rejette le général monarchiste de Paladines nommé par Thiers, réclamant Garibaldi. Des fédérés y rapatrient six canons récupérés avec la ferme intention d'interdire aux Prussiens l'entrée de Paris. Lorsque la division Faron tente de les reprendre avec 6 000 hommes, les soldats fraternisent avec la foule et livrent leurs officiers. Une barricade est érigée aux numéros 40-47 pour protéger l'endroit. Eugène Varlin, Augustin Avrial — qui se cache au 37 avant de fuir vers Londres grâce à des cheminots —, Lissagaray : les grandes figures de la Commune ont arpenté ce tronçon de pavés. La Semaine sanglante y laisse les traces des combats les plus âpres du 19e arrondissement.