Plaque Union des Femmes, mairie du 10e arr., source, Ami(e)s de la Commune de Paris 1871
Le 11 avril 1871, à la mairie du 10e arrondissement, rue du Faubourg-Saint-Martin, des citoyennes se réunissent pour fonder l'Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés. Vingt comités s'organisent, un par arrondissement, reliés à un comité central. C'est la première organisation féminine de masse de l'histoire française.
À sa tête, deux femmes que tout semble opposer. Nathalie Le Mel est bretonne, ouvrière relieuse, militante de l'Internationale depuis des années, proche d'Eugène Varlin — une femme du peuple enracinée dans le mouvement ouvrier parisien. Élisabeth Dmitrieff a vingt ans, elle est russe, aristocrate, a contracté un mariage blanc pour pouvoir voyager librement, a rencontré Marx à Londres en 1870 et est arrivée à Paris en mars 1871 envoyée par l'Internationale. Leurs parcours divergent, leur engagement converge : toutes deux voient dans la Commune une occasion unique d'arracher aux femmes une place dans la révolution, pas seulement comme soignantes mais comme combattantes et comme forces politiques.
Ensemble elles signent l'adresse aux citoyennes, publiée dans le Journal Officiel du 14 avril et dans Le Cri du peuple du 16 avril. L'Union ne se limite pas aux ambulances que son nom évoque. Ses statuts, publiés dans La Sociale du 20 avril, prévoient des comités d'arrondissement chargés de recenser les citoyennes prêtes à servir aux ambulances, aux fourneaux — et aux barricades. Elle formule des revendications sociales concrètes : égalité de salaire entre hommes et femmes, réorganisation du travail en coopératives ouvrières, prise en charge des enfants.
Autour d'elles gravitent Blanche Lefebvre, Anna Jaclard, André Léo, Sophie Graix, Adélaïde Valentin — une constellation de femmes aux origines diverses, ouvrières et intellectuelles, françaises et étrangères, unies par la conviction que la question sociale et la question des femmes sont indissociables.
La Semaine sanglante met fin à leurs activités. Le Mel sera déportée en Nouvelle-Calédonie. Dmitrieff parviendra à fuir et disparaîtra en Russie. Leur organisation, éphémère, reste un moment fondateur de l'histoire du féminisme socialiste.