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8 juin 1794
Événement

Au Champ-de-Mars, Robespierre, en habit bleu céleste, préside la fête de l’Être suprême, sept semaines avant sa chute

Champ de Mars
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« Vue du Jardin national et des décorations, le jour de la fête célébrée en l’honneur de l’Être suprême, le décadi 20 prairial l’an 2 de la République française » : aux Tuileries, la statue de la Sagesse sort de la fumée de l’Athéisme brûlé (gravure coloriée anonyme, BnF). Anonyme — domaine public (BnF, via Wikimedia Commons)

Un bouquet de fleurs et d’épis à la main, Robespierre met le feu à l’Athéisme, puis conduit la Convention jusqu’au Champ-de-Mars. Derrière lui, des députés ricanent. Sept semaines plus tard, il est guillotiné.

Au printemps 1794, la Révolution est en pleine Terreur. Depuis 1793, les ultra-révolutionnaires mènent une déchristianisation vigoureuse ; à la fin de l’année, ils ont institué le culte de la Raison. Robespierre, lui, n’a jamais caché sa foi en un Être suprême. Disciple de Rousseau, qu’il a rencontré en 1778, peu avant la mort de l’écrivain, il tient l’athéisme militant pour un danger. Il veut réunir les Français autour d’un culte commun, et placer la religion sous la main de l’État. L’idée n’est pas neuve : dès 1789, la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen a été proclamée « en présence et sous les auspices de l’Être suprême ».

Le 18 floréal an II (7 mai 1794), sur son rapport au nom du Comité de salut public, la Convention décrète que « le peuple français reconnaît l’existence de l’Être suprême et de l’immortalité de l’âme ». Elle institue un calendrier de fêtes civiques appelées à remplacer les fêtes catholiques : à l’Être suprême et à la Nature, au Genre humain, à l’Amitié, à la Frugalité, au Malheur, au Bonheur… La fête de l’Être suprême est fixée au 20 prairial, le 8 juin. Quatre jours avant, la Convention élit Robespierre à sa présidence, à l’unanimité : c’est donc lui qui la présidera. Le peintre Jacques-Louis David, ordonnateur des fêtes de la Révolution, en dessine les chars et les décors. Le poète Marie-Joseph Chénier, qui a travaillé avec lui à plusieurs de ces fêtes, a préparé un hymne ; Robespierre le refuse.

Le jour venu, la foule se rassemble au jardin des Tuileries, autour du bassin rond. Sur le bassin, une pyramide figure un monstre, l’Athéisme, entouré de l’Ambition, de l’Égoïsme et de la fausse Simplicité. Robespierre paraît en habit bleu céleste, serré d’une écharpe tricolore, un bouquet de fleurs et d’épis à la main. Il met le feu à l’Athéisme et à l’Égoïsme ; une fois brûlés, ils laissent paraître une statue de la Sagesse. Puis il prend la tête du cortège de la Convention jusqu’au Champ-de-Mars. On y a élevé une sorte de rocher artificiel, couronné d’un arbre de la liberté et d’une colonne antique que surmonte une statue brandissant un flambeau. La foule chante l’hymne à l’Être suprême du poète Théodore Désorgues, sur une musique de Gossec. Paris compte alors six cent mille habitants ; un contemporain dénombre plus de quatre cent mille participants, chiffre sans doute exagéré, mais qui dit le succès de la fête.

Derrière le président, pourtant, la Convention traîne les pieds. Des députés bavardent, se moquent, refusent de marcher au pas ; il y a, se souviendra l’un d’eux, « un intervalle considérable » entre Robespierre et ses collègues. Certains l’insultent ; le dantoniste Laurent Lecointre le traite de « pontife ». Son habit bleu rappelle le symbolisme chrétien. Beaucoup de conventionnels restent attachés à l’anticléricalisme, craignent le retour du religieux, soupçonnent Robespierre de viser le pouvoir personnel ; les anciens déchristianisateurs, comme Fouché, se sentent condamnés.

La fête, qui voulait sceller l’unité de la République, avive les tensions. Le 9 thermidor (27 juillet), empêché de parler à la Convention, Robespierre est mis en accusation et arrêté. Le lendemain, il est guillotiné place de la Révolution, avec vingt et un de ses amis politiques, sous les acclamations de la foule. La croyance en l’Être suprême lui survit : les fêtes civiques continuent, et la théophilanthropie, qui en est issue, ne sera interdite qu’en 1803.

Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.