Quelqu'un déchire la doublure d'un vêtement et trouve un parchemin cousu là depuis huit ans.
Blaise Pascal est né le 19 juin 1623 à Clermont-Ferrand. À seize ans, il avait rédigé un Essai sur les coniques qui stupéfia les mathématiciens. À dix-neuf ans, il construisit la Pascaline, première machine à calculer mécanique. À vingt-trois ans, il conduisit les expériences de Torricelli sur la pression atmosphérique et démontra l'existence du vide contre les aristotéliciens. À trente-neuf ans, il mourait dans la maison de sa sœur Gilberte Périer, au 67 rue du Cardinal Lemoine, dans le 5e arrondissement, après des semaines d'agonie.
L'autre Pascal, celui des Pensées et des Provinciales, avait commencé le soir du 23 novembre 1654. Ce soir-là, entre dix heures et minuit, il connut ce qu'il appellera simplement dans ses notes : « Feu. » Une expérience mystique dont il rédigea immédiatement le compte rendu sur un parchemin, qu'il transcrivit ensuite sur du papier, et qu'il cousit dans la doublure de son manteau pour le porter sur lui jusqu'à la mort. Ce parchemin, le « Mémorial », ne fut découvert qu'après son décès : ses serviteurs, dépliant ses habits, sentirent quelque chose de dur dans la doublure. Il commençait par le mot : « FEUX. »
À partir de cette nuit de 1654, Pascal abandonna progressivement les sciences et se consacra à la polémique religieuse et à la réflexion sur la condition humaine. Les Provinciales (1656-1657), dix-huit lettres satiriques contre la casuistique des jésuites, furent l'une des œuvres de prose française les plus lues du siècle. Les Pensées, fragments d'une apologétique du christianisme jamais achevée, furent publiées après sa mort : elles comptent parmi les grandes œuvres de la philosophie française.
Pascal est mort à trente-neuf ans. Les médecins avaient identifié une « vapeur » au cerveau, probablement un cancer ou une méningite tuberculeuse. Il était épuisé, douloureux, mais lucide. Il refusa les secours religieux pour lui-même tant qu'un pauvre n'en aurait pas bénéficié d'abord. La nuit du 18 au 19 août 1662, il dit : « Que Dieu ne m'abandonne jamais. » Il mourut quelques heures plus tard.