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15 septembre 1870
Événement

Publication de la première "Affiche Rouge", porteuse des revendications populaires, par l'AIT

Siège de l'Association Internationale des Travailleurs
Publication de la première "Affiche Rouge", porteuse des revendications populaires, par l'AIT
L'**Affiche Rouge est **placardée dans la nuit du 5 au 6 janvier 1871 sur les murs de Paris, assiégé par les Allemands depuis septembre 1870. C'est un appel à la formation de la Commune de Paris.

Avant que Paris capitule ou résiste, la Corderie donne à la révolution à venir son premier nom.

Sedan est tombé le 2 septembre 1870. Napoléon III, fait prisonnier avec son armée, a laissé la France sans gouvernement. Le 4 septembre, la foule envahit le Corps législatif et proclame la République au balcon de l'Hôtel de Ville. Un Gouvernement de la Défense nationale s'installe, composé de républicains bourgeois : Gambetta, Jules Favre, Jules Ferry, Jules Simon. Pas un ouvrier. Pas un socialiste.

La section parisienne de l'Association internationale des travailleurs siège depuis 1869 au 14 de la rue de la Corderie, dans le Temple (3e arrondissement), dans des locaux partagés avec la Fédération des sections parisiennes. C'est là qu'Eugène Varlin, relieur, et ses camarades ont construit patiemment l'organisation ouvrière la plus solide de la capitale. Dès les premiers jours de septembre, les militants de l'Internationale et les comités républicains populaires se fédèrent en un Comité central républicain des Vingt arrondissements, qui tient ses séances à la Corderie.

Le 15 septembre, le Comité publie et fait placarder dans Paris sa première proclamation, que les contemporains appellent aussitôt la "première affiche rouge." Les signataires sont nombreux : Jules Vallès, Benoît Malon, Charles Longuet, Gustave Lefrançais, Gabriel Ranvier, Jean-Baptiste Millière, Louis Pindy, Jean-Baptiste Gaillard, Charbonneau. Tous seront, cinq mois plus tard, membres ou alliés de la Commune de Paris.

Le texte est sans équivoque. Il exige la guerre totale contre la Prusse, la levée en masse, la mobilisation des départements, la réquisition des subsistances. Surtout, il formule pour la première fois publiquement l'exigence politique centrale : "Faites place au peuple, à la Commune." Cette phrase est un programme. La Commune n'est pas encore, mais elle a son nom, sa revendication, son lieu d'émission : le 14 de la rue de la Corderie, dans ce 3e arrondissement ouvrier que les vagues haussmanniennes ont épargné.

Le gouvernement de la Défense nationale, qui négocie en secret et capitulera le 28 janvier 1871, ignore la proclamation. Les semaines suivantes montrent que la contradiction entre les intérêts de la bourgeoisie républicaine et ceux des travailleurs parisiens ne peut être différée indéfiniment. La Commune naîtra au printemps 1871 de cette tension que la première affiche rouge a su nommer avec une clarté que l'histoire a pleinement confirmée : ce papier collé sur les murs un 15 septembre est le premier document programmatique de ce que Marx appellera, l'année suivante, "la forme politique enfin trouvée."