Diderot arrêté au 3 rue de l'Estrapade pour sa Lettre sur les aveugles, enfermé à Vincennes, il lancera l'Encyclopédie

Demeure de Denis Diderot (de 1749 à 1754 chez la dame Chetel)

 3 rue de l' Estrapade - 5e arr. (2ème étage)

Portrait de Diderot par Louis-Michel van Loo.

Musée du Louvre.

Le 24 juillet 1749, des exempts de police se présentèrent au 3 de la rue de l'Estrapade. Ils cherchaient Diderot. Ils le trouvèrent.

Denis Diderot venait de publier la Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient — un essai philosophique qui prenait la cécité comme point de départ pour démontrer que nos idées morales dépendent de nos sens, non d'une révélation divine. Dans la bouche d'un aveugle fictif mourant, il avait placé une négation de l'existence de Dieu. La censure royale n'avait pas apprécié.

Il fut conduit au château de Vincennes et y resta jusqu'en novembre 1749. L'emprisonnement fut relatif : il disposait d'une chambre, pouvait se promener dans le parc, recevoir des visites. Jean-Jacques Rousseau vint le voir. Sur le chemin de Vincennes, Rousseau eut la subite inspiration qu'il décrit dans ses Confessions comme une illumination — que la civilisation corrompt l'homme naturellement bon. La route de Vincennes vit naître, en quelques mois, à la fois les idées de Rousseau et l'entreprise encyclopédique.

Car Diderot, depuis 1746, travaillait pour le libraire Le Breton à traduire en français la Cyclopaedia de Chambers, encyclopédie anglaise. En prison, il convainquit ses associés de transformer ce projet modeste en quelque chose d'immense : une encyclopédie nouvelle, raisonnée, qui rassemblerait tout le savoir de son siècle. Le premier tome parut en 1751. Le vingt-huitième, en 1772.

L'arrestation du 24 juillet 1749 n'avait pas voulu faire une Encyclopédie. C'est pourtant ce qu'elle produisit.

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