Le 22 février 1871, en plein Paris assiégé, paraît le premier numéro du Cri du Peuple, le journal de Jules Vallès. Le titre est un programme : faire entendre la voix des petits, des « sans-grade », des ouvriers et employés que la guerre, le siège et la misère ont jetés dans la rue. Vallès, déjà connu pour ses prises de position contre l’Empire, entend donner à ces colères un organe politique régulier.
Autour de lui se rassemble une équipe où se croisent militants et écrivains : Casimir Bouis, Jean‑Baptiste Clément, Pierre Denis, la romancière André Léo, Henri Bauër, bientôt aussi Gustave Courbet qui apporte sa notoriété d’artiste engagé. Tous partagent l’idée que la République ne peut se limiter à un changement de régime : elle doit devenir sociale, égalitaire, et respecter Paris, que Thiers et l’Assemblée de Bordeaux traitent comme une ville vaincue à mater.
Le journal atteint rapidement des tirages considérables, jusqu’à 100 000 exemplaires, avec 82 numéros publiés durant la séquence qui mène à la Commune puis l’accompagne. C’est à la fois un organe d’information, un lieu de polémique et une caisse de résonance des clubs, des comités d’arrondissement, de la Garde nationale.
En donnant ce titre, Le Cri du Peuple, Vallès sait qu’il s’inscrit dans une histoire longue : celle d’un Paris où, lorsque les institutions ferment la porte, la presse radicale ouvre une fenêtre. Quelques semaines plus tard, ce « cri » trouvera son prolongement sur les barricades de la Commune.