Dans la nuit du 23 au 24 mai, trois foyers s’allument au Palais-Royal. Au matin, des voisins et des ouvriers de la Banque de France font la chaîne.
Depuis le 21 mai 1871, l’armée versaillaise reconquiert Paris rue par rue. Pour ralentir son avance, les communards commencent, le 23, à livrer au feu les grands bâtiments du pouvoir : les Tuileries, où l’on a disposé des barils de poudre au pied de l’escalier d’honneur, le palais de la Légion d’honneur, le palais d’Orsay. Ces brasiers tiennent à la fois, écrivent les historiens, de la stratégie du désespoir, d’un acte d’appropriation et de purification, et d’une sorte de fête apocalyptique ; dans une Commune en pleine déliquescence, bien des décisions relèvent d’initiatives locales.
Le Palais-Royal est l’un de ces symboles. Ancien Palais-Cardinal de Richelieu, résidence des Orléans, il était sous le Second Empire à la disposition de l’ancien roi Jérôme, l’oncle de Napoléon III. Après de violents combats dans le quartier, trois foyers y sont allumés dans la nuit du 23 au 24 mai, sur ordre du Comité de salut public ; Victor Bénot, qui a déjà mis le feu aux Tuileries, y joue un rôle majeur. Le même jour brûlent l’Hôtel de Ville, le Palais de justice, la Préfecture de police et des maisons des rues Saint-Honoré, de Rivoli et Royale.
Au Palais-Royal pourtant, le feu est maîtrisé dès le lendemain matin, grâce à quelques habitants du quartier et à une trentaine d’ouvriers de la Banque de France voisine. Seuls l’aile droite de la cour d’entrée et les étages du bâtiment central sont gravement endommagés ; le mobilier et les objets d’art souffrent bien moins qu’en 1848.
Selon l’historien Jean-Claude Caron, entre 216 et 238 bâtiments parisiens ont été détruits ou endommagés par le feu pendant la Semaine sanglante ; les derniers foyers ne sont éteints que le 2 juin. Pour les Versaillais, ces incendies prouvent la barbarie des communards, et surtout des communardes : c’est le mythe des « pétroleuses ». Paris y perd aussi une partie de sa mémoire, avec les archives parties en fumée : les deux collections de l’état civil parisien antérieur à 1860 disparaissent, l’une à l’Hôtel de Ville, l’autre au Palais de justice.
Le Palais-Royal, lui, est restauré à l’identique de 1872 à 1874. Il accueille alors le Conseil d’État, chassé du palais d’Orsay en ruine : il y siège toujours, aux côtés du Conseil constitutionnel et du ministère de la Culture.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.