Palais-Royal
Au nord du Louvre, le Palais-Royal est l'un des lieux les plus chargés d'histoire de Paris — et l'un des plus insaisissables, tant il a changé de visage, de maître et de destin. Richelieu le fait construire à partir de 1628 sous le nom de Palais Cardinal. À sa mort en 1642, il le lègue au roi ; l'année suivante, la régente Anne d'Autriche y installe la cour avec le jeune Louis XIV, et le palais prend son nom définitif. La Fronde y laisse des souvenirs vifs : la famille royale s'en échappe deux fois en pleine nuit, et en février 1651, une foule parisienne en force envahit les appartements royaux pour s'assurer que le roi est encore là.
L'épisode le plus décisif pour la physionomie du lieu vient à la fin du XVIIIe siècle. Philippe d'Orléans — futur Philippe Égalité — transforme le pourtour du jardin en galeries commerciales uniformes, conçues par l'architecte Victor Louis. Boutiques, cafés, restaurants, tripots et maisons closes s'y installent. Mieux encore : comme le palais est un apanage princier, la police royale n'y a pas juridiction. Le Palais-Royal devient ainsi la capitale dans la capitale — un espace de liberté où la presse clandestine circule, où la politique se fait à voix haute. Le 12 juillet 1789, Camille Desmoulins y monte sur une table au Café de Foy et harangue la foule : son discours met le feu aux poudres qui mèneront, deux jours plus tard, à la prise de la Bastille. Ironie de l'histoire : c'est dans le jardin de ce même palais que Philippe Égalité sera arrêté en avril 1793, avant d'être guillotiné en novembre.
Noms successifs du lieu
- 1628 — 1636 Palais Cardinal : résidence de Richelieu
- 1636 — 1642 Donné au roi Louis XIII, toujours appelé Palais Cardinal
- 1643 Devient le Palais-Royal à l'installation d'Anne d'Autriche et du jeune Louis XIV
- 1792 — circa 1815 Palais de l'Égalité / Jardin de l'Égalité sous la Révolution et l'Empire
- 1815 — Palais-Royal, affecté successivement aux Orléans, puis à l'État
Événements à cette adresse
67 événements · 1642 — 1995Dans la nuit du 23 au 24 mai, trois foyers s’allument au Palais-Royal. Au matin, des voisins et des ouvriers de la Banque de France font la chaîne.
Depuis le 21 mai 1871, l’armée versaillaise reconquiert Paris rue par rue. Pour ralentir son avance, les communards commencent, le 23, à livrer au feu les grands bâtiments du pouvoir : les Tuileries, où l’on a disposé des barils de poudre au pied de l’escalier d’honneur, le palais de la Légion d’honneur, le palais d’Orsay. Ces brasiers tiennent à la fois, écrivent les historiens, de la stratégie du désespoir, d’un acte d’appropriation et de purification, et d’une sorte de fête apocalyptique ; dans une Commune en pleine déliquescence, bien des décisions relèvent d’initiatives locales.
Le Palais-Royal est l’un de ces symboles. Ancien Palais-Cardinal de Richelieu, résidence des Orléans, il était sous le Second Empire à la disposition de l’ancien roi Jérôme, l’oncle de Napoléon III. Après de violents combats dans le quartier, trois foyers y sont allumés dans la nuit du 23 au 24 mai, sur ordre du Comité de salut public ; Victor Bénot, qui a déjà mis le feu aux Tuileries, y joue un rôle majeur. Le même jour brûlent l’Hôtel de Ville, le Palais de justice, la Préfecture de police et des maisons des rues Saint-Honoré, de Rivoli et Royale.
Au Palais-Royal pourtant, le feu est maîtrisé dès le lendemain matin, grâce à quelques habitants du quartier et à une trentaine d’ouvriers de la Banque de France voisine. Seuls l’aile droite de la cour d’entrée et les étages du bâtiment central sont gravement endommagés ; le mobilier et les objets d’art souffrent bien moins qu’en 1848.
Selon l’historien Jean-Claude Caron, entre 216 et 238 bâtiments parisiens ont été détruits ou endommagés par le feu pendant la Semaine sanglante ; les derniers foyers ne sont éteints que le 2 juin. Pour les Versaillais, ces incendies prouvent la barbarie des communards, et surtout des communardes : c’est le mythe des « pétroleuses ». Paris y perd aussi une partie de sa mémoire, avec les archives parties en fumée : les deux collections de l’état civil parisien antérieur à 1860 disparaissent, l’une à l’Hôtel de Ville, l’autre au Palais de justice.
Le Palais-Royal, lui, est restauré à l’identique de 1872 à 1874. Il accueille alors le Conseil d’État, chassé du palais d’Orsay en ruine : il y siège toujours, aux côtés du Conseil constitutionnel et du ministère de la Culture.
Réunion du Conseil des Trente, ou Comité des Trente, afin d'arrêter le texte de l'adresse au gouvernement sur le report des élections. Deux versions s'affrontent, celle de Cabet, plus conciliante, et celle de Blanqui
a Révolution de Février n'a pas trois semaines que déjà ses acteurs se divisent sur l'essentiel : à quelle vitesse consulter le pays ? Le gouvernement provisoire a fixé les élections à l'Assemblée constituante au 9 avril. Pour Louis Blanc, Blanqui et les clubs révolutionnaires, c'est beaucoup trop tôt. La France rurale, dominée par les notables et les curés, renverra une chambre conservatrice — et la révolution sera confisquée par les urnes avant même d'avoir accompli son œuvre sociale.
Le 17 mars, à 11 heures du matin, le cortège s'ébranle depuis la place de la Concorde. Clubs en tête, puis les ouvriers organisés par corporation. Les estimations varient entre 100 000 et 200 000 personnes, marchant par les quais jusqu'à l'Hôtel de Ville. L'adresse remise au gouvernement provisoire réclame trois choses : le retrait des troupes de Paris, le report des élections de la Garde nationale, et surtout le report des élections à la Constituante — jusqu'au 31 mai au moins, pour que « le peuple ait le temps de se concerter et de s'éclairer ».
Dans le cortège, Blanqui voudrait aller plus loin — il parle d'ajournement sine die. Caussidière, préfet de police révolutionnaire, encadre la manifestation pour éviter qu'elle ne dérape. Les blanquistes tentent en vain de lui donner une tournure insurrectionnelle. Le gouvernement, intimidé par la masse, cède : les élections sont reportées au 23 avril.
Victoire à court terme, illusion à long terme. Le 16 avril, une nouvelle manifestation demandant un report supplémentaire sera cette fois écrasée par la Garde nationale bourgeoise. Et le 23 avril, la France élira exactement l'assemblée modérée et rurale que les clubs redoutaient.
Ce 7 avril 1793, les gendarmes n'ont pas eu loin à chercher. Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, dit Philippe Égalité depuis qu'il a embrassé la cause révolutionnaire, est arrêté dans le jardin du Palais-Royal — son propre jardin, celui qu'il a lui-même ouvert au commerce, aux promeneurs, aux pamphlets et aux harangues, et qui est devenu, dès 1789, l'un des foyers les plus ardents de la Révolution.
L'ironie est cruelle. C'est sous ses galeries qu'ont circulé les nouvelles qui ont mis Paris en mouvement avant la prise de la Bastille. C'est dans ses cafés que se sont formés les clubs, les opinions, les fureurs. Philippe a cru que sa générosité politique, sa haine affichée pour son cousin le roi, son vote pour la mort de Louis XVI en janvier, lui vaudraient la protection de la Montagne. Il s'est trompé.
La défection de son fils, le duc de Chartres, qui vient de passer à l'ennemi avec le général Dumouriez, a tout emporté. On ne peut plus faire confiance à un Bourbon, fût-il régicide et jacobin. Philippe est conduit à l'Abbaye, puis transféré à Marseille, puis ramené à Paris pour y être jugé et guillotiné le 6 novembre 1793, à cinquante-six ans.
Son destin illustre une des logiques implacables de la Terreur : avoir trahi sa caste ne suffisait pas à prouver sa fidélité à la Révolution. Il avait tout sacrifié — son titre, ses pairs, son cousin — sans convaincre personne de sa sincérité. Il mourut sans appartenir à aucun camp.
Fondation du Cercle social, mélange de club politique révolutionnaire, de loge maçonnique et de salon littéraire. Bonneville publie après Varennes, et de nouveau après le 10 août "De l'esprit des religions", qui prône la loi agraire
Le 21 février 1790 est fondé à Paris le Cercle social, également connu sous le nom de Club des Amis de la Vérité. Installé au cirque du Palais-Royal, ce lieu singulier se situe à la croisée de plusieurs traditions : club politique révolutionnaire, loge maçonnique et salon littéraire. Il incarne l’un des espaces les plus originaux de la sociabilité révolutionnaire des premières années de 1789-1791.
Le Cercle social se veut un lieu de réflexion et de diffusion des idées nouvelles, ouvert à un public élargi. On y débat de souveraineté populaire, de droits naturels, d’éducation, de religion et de réforme sociale. Parmi ses animateurs figurent Claude Fauchet, prédicateur et futur évêque constitutionnel, Nicolas de Bonneville, écrivain et éditeur, ainsi que Jean-Baptiste Charles Chabroud, juriste et député. Tous partagent l’ambition de lier la Révolution française à une transformation morale et universelle de l’humanité.
Contrairement aux clubs plus strictement politiques, le Cercle social revendique une dimension philosophique et presque mystique. Bonneville y joue un rôle central, notamment par ses publications. Après la fuite de Varennes, puis de nouveau après le 10 août 1792, il publie De l’esprit des religions, texte radical qui prône une régénération sociale profonde et évoque la loi agraire, inscrivant le Cercle dans une critique frontale des inégalités économiques.
Le Cercle social apparaît ainsi comme un laboratoire d’idées avancées, parfois en décalage avec la Révolution institutionnelle. Il témoigne de la richesse, mais aussi des tensions, d’un moment où Paris est le foyer d’expérimentations politiques, sociales et intellectuelles dont certaines annoncent les radicalités à venir.
Le mot d'ordre ne vient ni de l'Assemblée, ni des clubs, ni des députés : il part du Palais-Royal, lancé par une femme dont personne n'a retenu le nom.
L'été 1789 a été révolutionnaire ; l'automne est affamé. La récolte a été mauvaise, la circulation des grains désorganisée, la spéculation active. Le pain manque à Paris. Devant les boulangeries, les files s'allongent avant l'aube. Ce sont les femmes qui font la queue, les femmes qui nourrissent les familles, les femmes qui savent exactement le prix du pain.
Le jardin du Palais-Royal, propriété du duc d'Orléans, est depuis 1789 le forum permanent de la Révolution. Les cafés y sont pleins, les orateurs montent sur les chaises, les brochures circulent, la police royale n'y a pas juridiction. Camille Desmoulins y a lancé l'appel aux armes le 12 juillet, trois jours avant la prise de la Bastille.
Le 4 octobre 1789, une citoyenne dont l'histoire n'a pas retenu le nom y lance le mot d'ordre : il faut aller à Versailles, il faut aller chercher le roi, il faut lui montrer la famine. L'idée est simple et redoutable : le roi n'agit pas parce qu'il ne voit pas ; qu'il vienne vivre à Paris, il verra.
Le lendemain, 5 octobre, le cortège se forme. Il part de la place de Grève, devant l'Hôtel de Ville, et remonte les Champs-Élysées. Six à sept mille femmes, des poissardes des Halles, des ouvrières, des bourgeoises, armées de piques, de couteaux, de bâtons, quelques canons traînés à bras. Reine Audu, Stanislas Maillard et Théroigne de Méricourt figurent parmi les meneurs. La Garde nationale de La Fayette suit, contrainte par ses propres hommes.
Le 6 octobre, la famille royale revient à Paris sous escorte populaire. La foule chante qu'elle ramène "le boulanger, la boulangère et le petit mitron." Louis XVI s'installe aux Tuileries, où il sera de fait prisonnier de la ville jusqu'à sa fuite manquée de Varennes.
Les journées d'octobre 1789 sont le premier grand acte politique collectif des femmes dans la Révolution. Elles ne voteront pas. Elles ont fait le roi prisonnier.
Un dimanche de juillet 1789, un jeune avocat sans causes saute sur une table de café, un pistolet à chaque main — et le jardin du Palais-Royal se met en marche vers la Bastille.
Ce dimanche 12 juillet 1789, Paris sait depuis le matin : le roi a renvoyé Necker. Le jardin du duc d'Orléans, seul coin de la ville où la police royale n'entre pas, grouille de pamphlétaires et de badauds sous les arcades. On l'appelle « la capitale de l'agitation ».
Au 57-60 de la galerie de Montpensier, le café de Foy déborde. Un jeune homme de vingt-neuf ans, avocat sans clients et journaliste sans journal, s'y impatiente : Camille Desmoulins. Il bégaie — un défaut qui lui a barré le barreau. Mais ce jour-là, dit la tradition, l'émotion emporte le bégaiement. Il grimpe sur une table, un pistolet à chaque main, et harangue la foule.
Le renvoi de Necker, lance-t-il, est « le tocsin d'une Saint-Barthélemy des patriotes » : ce soir même, les régiments suisses et allemands sortiront égorger Paris. « Aux armes ! » La menace n'a rien d'une invention : les troupes étrangères cernent la ville, et le soir venu, la cavalerie du prince de Lambesc chargera la foule aux Tuileries. Desmoulins propose le vert, « couleur de l'espérance ». La foule se rue sur les arbres du jardin, les dépouille de leurs feuilles, et s'en pique aux chapeaux. Desmoulins racontera plus tard qu'on lui glissa plutôt un ruban vert ; peu importe, la cocarde est née.
Ironie de la teinte : elle ne passera pas la semaine. Le vert est la livrée du comte d'Artois — couleur compromettante, aussitôt délaissée pour le bleu et le rouge de Paris, bientôt relevés de blanc pour former la cocarde tricolore. La couleur de l'espérance était celle de l'ennemi.
On a fait de cette scène l'étincelle de la Révolution. Étincelle, soit — mais la poudre était déjà répandue. Ce 12 juillet, les barrières de l'octroi flambaient au nord de la ville ; le pain touchait son prix le plus haut du siècle ; la peur des troupes courait les faubourgs. Les historiens, de Mathiez à Soboul, l'ont rappelé : le cri de Desmoulins n'a pas créé le mouvement, il l'a allumé. Deux jours plus tard, la Bastille tombait.
Reste l'ironie du lieu. Le café de Foy, berceau de l'insurrection, était tenu par la famille Jousserand. Deux ans plus tard, ces mêmes Jousserand en avaient fait un repaire d'aristocrates : le café où l'on avait crié « aux armes » penchait pour le roi. Il ferma en 1874. Mais les arcades de la galerie de Montpensier sont toujours là, aux numéros 57 à 60, où l'on prend aujourd'hui un café sans savoir qu'on foule l'endroit où un bègue, un dimanche, trouva sa voix.
Ce dimanche-là, la foule qui descend vers les Tuileries ne brandit ni reliques ni portraits de saints : deux mannequins de cire empruntés à un montreur de curiosités du boulevard du Temple.
La veille, samedi 11 juillet 1789, Louis XVI a renvoyé Jacques Necker, son ministre des Finances, le seul homme du gouvernement en qui le peuple de Paris veuille encore croire. La nouvelle atteint la capitale le dimanche 12 dans la matinée et s'y répand comme une traînée de poudre. Au Palais-Royal, un jeune avocat bègue nommé Camille Desmoulins saute sur une table du café de Foy, pistolet au poing, et appelle aux armes. Il faut à cette colère un emblème. On le trouvera en cire.
Car la foule songe aussitôt à Curtius. Philippe Mathé Curtius, Allemand installé à Paris, tient sur le boulevard du Temple le cabinet de figures de cire le plus couru de la ville — le même où travaille la future Madame Tussaud, Marie Grosholtz. Chez lui trônent, grandeur nature, les portraits des deux hommes que la Cour vient d'écarter : Necker le renvoyé, et Philippe d'Orléans, le cousin frondeur du roi. Curtius cède ses effigies — de mauvaise grâce, selon les uns ; volontairement, selon la propagande d'estampes qui le montre bientôt « délivrant » lui-même ses portraits au peuple.
Voilés de crêpe noir, précédés de bannières sombres et de tambours voilés, les deux bustes s'ébranlent en une étrange procession funèbre — un enterrement pour deux vivants. Le cortège grossit à mesure qu'il gagne le Palais-Royal, la rue Saint-Honoré, puis la place Vendôme. C'est là que tout bascule. Un détachement de cavalerie barre le passage ; un dragon abat l'homme qui porte le buste de Necker. Selon les récits contemporains, c'est le premier sang versé de la Révolution — et il coule pour défendre une tête de cire.
Le cortège reflue vers la place Louis XV — notre place de la Concorde. Là stationne le Royal-Allemand du prince de Lambesc. Vers le soir, Lambesc reçoit l'ordre de dégager le jardin des Tuileries et lance ses cavaliers sabre au clair. Les premières cibles ne sont pas des hommes : ce sont les bustes. On les jette à terre, on les piétine, on les taille. Paris apprend, ce 12 juillet, qu'on peut mourir pour une image.
Les deux effigies furent pourtant retrouvées. Celle du duc d'Orléans revint intacte ; celle de Necker ne reparut que six jours plus tard, rapportée par un Suisse, les cheveux roussis, la face marquée de coups de sabre. Une tête de cire balafrée comme un blessé de guerre — peut-être la première image vraie de ce que la Révolution s'apprêtait à devenir.
Curtius sut retourner l'épisode à son profit : dans un mémoire de 1790, pour faire valoir ses états de service de « vainqueur de la Bastille » et écarter les soupçons sur ses origines, il écrivit que le premier acte de la Révolution avait commencé chez lui. Marie Grosholtz, elle, quitterait Paris pour Londres avec ses moules et ses souvenirs, et bâtirait sur ces têtes de rois et de révolutionnaires l'empire de cire qui porte encore son nom d'épouse.
Marie-Antoinette applaudit, Rousseau pleure, Sophie Arnould chante. Ce soir-là, personne ne sait encore ce que « révolution » va bientôt vouloir dire à Paris.
Le mardi 19 avril 1774, la foule se presse devant l'Académie royale de musique, dans la seconde salle du Palais-Royal, au 202 rue Saint-Honoré. Il faut tripler la garde pour contenir les spectateurs qui poussent aux guichets. Trois mille places, et pas une de trop. On donne la première d'Iphigénie en Aulide, opéra en trois actes de Christoph Willibald Gluck, sur un livret du bailli Du Roullet d'après la tragédie de Racine. La cour est là.
Au premier rang, Marie-Antoinette. Elle a vingt-huit ans, elle est dauphine — Louis XV mourra dans un mois, le 10 mai, et elle deviendra reine. C'est elle qui a fait venir Gluck à Paris. Il avait été son professeur de musique à Vienne, quand elle s'appelait encore Maria Antonia. Elle l'a imposé à l'Académie royale contre l'establishment musical français, qui voyait d'un mauvais œil ce compositeur allemand venu bousculer un siècle de tradition lyrique. Ce soir, elle applaudit pendant tout le spectacle. Elle écrira à sa sœur Marie-Christine : « Le 19 nous avons eu la première représentation d'Iphigénie : j'en ai été transportée, et l'on ne peut plus parler d'autre chose. »
Sur scène, Sophie Arnould crée le rôle d'Iphigénie. Elle est la plus grande soprano de l'époque — aussi célèbre pour sa voix que pour ses bons mots, qu'on se répète dans les salons. Ce soir, elle incarne la fille d'Agamemnon qui marche vers le sacrifice, et la salle retient son souffle.
Dans le public, Jean-Jacques Rousseau — philosophe, musicien, auteur du Devin du village, théoricien de la musique comme « langage de l'âme ». Rousseau n'aime pas l'opéra français tel qu'on le pratique depuis Lully : trop de conventions, trop de ballets, trop d'ornements, pas assez d'émotion vraie. Or ce soir, pour la première fois, il entend exactement ce qu'il a toujours réclamé. Gluck a subordonné la musique au drame. Les airs ne sont plus des vitrines pour chanteurs virtuoses — ils expriment les sentiments des personnages. L'orchestre ne décore plus, il raconte. Rousseau dira que Gluck a réalisé « le langage du cœur ».
Ce qui se joue au Palais-Royal ce soir-là dépasse la musique. Gluck ne réforme pas seulement l'opéra — il pose un principe : l'art doit toucher, pas éblouir. La vérité dramatique prime sur la convention formelle. L'idée paraît simple ; elle est en fait révolutionnaire. Elle nourrira la querelle des Gluckistes et des Piccinistes, qui divisera le monde musical parisien pendant cinq ans — Gluck contre Piccini, les partisans de l'expression contre ceux de la mélodie italienne, la reine contre une partie de la cour. Première d'une longue série de guerres culturelles parisiennes.
Louis XV meurt trois semaines plus tard. Marie-Antoinette devient reine. Gluck composera encore quatre opéras pour Paris, dont Iphigénie en Tauride (1779), considéré comme son chef-d'œuvre. Sophie Arnould quittera la scène la même année, ruinée et oubliée. Rousseau mourra en 1778.
Construction d'une forteresse miniature, afin que le jeune Louis XIV puisse jouer à la guerre ; il manque se noyer, faute de surveillance, dans un bassin situé à l'emplacement de l'actuel bac à sable
Dans le jardin du Palais Royal à Paris, sous la régence d’Anne d’Autriche, une forteresse miniature fut construite pour permettre au jeune Louis XIV de s’initier aux jeux de guerre, sous la supervision du cardinal Mazarin. Ce dispositif ludique s’inscrivait dans un ensemble d’activités éducatives, incluant des chasses miniatures et l’apprentissage de l’équitation. Lors de cette période, Louis XIV faillit se noyer dans le grand bassin du jardin, situé à l’emplacement de l’actuel bac à sable, en raison d’un manque de surveillance. Cet incident eut lieu avant la Fronde, qui mit fin à cette époque paisible et marqua durablement le jeune roi. Louis-Dauger de Cavoye, compagnon de jeux de Louis XIV, aurait également pris part à ces activités. 
La forteresse de Louis XIV au Palais Royal
Ouvrages et sources utilisés :
- Le Palais Royal et son jardin (Paris)
- Palais-Royal - Wikipédia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Palais-Royal
- Jardin du Palais Royal - Blue Lion Guides : https://studio.bluelionguides.com/le-palais-royal-entre-pouvoir-et-culture/le-palais-royal/le-jardin-et-les-galeries-du-palais-royal/
- Histoire du domaine national du Palais-Royal : https://www.domaine-palais-royal.fr/decouvrir/histoire-du-domaine-national-du-palais-royal
Le 9 février 1651, en pleine Fronde, une foule parisienne envahit le Palais-Royal à la suite d’un bruit alarmant : la famille royale aurait de nouveau quitté Paris. Cette rumeur, dans une capitale déjà exaspérée par l’instabilité politique et la défiance envers le pouvoir, provoque un mouvement spontané vers la résidence royale.
Depuis 1648, Paris est le cœur battant de la Fronde, révolte multiforme mêlant opposition parlementaire, soulèvements populaires et luttes de factions nobiliaires. Le souvenir encore vif de la fuite de la cour à Saint-Germain en janvier 1649 nourrit la colère et la peur : quitter Paris, pour le peuple, c’est trahir la ville et préparer une répression future. La rumeur d’un nouveau départ agit donc comme un détonateur.
La foule se masse dans le jardin du Palais-Royal, pénètre dans le palais et exige de voir le roi. Anne d’Autriche, régente, se trouve confrontée à cette irruption populaire tandis que Mazarin, honni par une large partie des Parisiens, cristallise toutes les haines. Pour apaiser les esprits, le jeune Louis XIV, alors âgé de douze ans, est montré à la foule : preuve tangible que la monarchie est toujours présente à Paris.
L’épisode illustre la fragilité du pouvoir royal face à la pression populaire et l’importance symbolique de Paris comme capitale politique. Le Palais-Royal, résidence du pouvoir, devient le théâtre d’un rapport de force inédit entre la monarchie et la rue.
Cet événement, souvent relégué au rang d’anecdote, annonce pourtant une méfiance durable du futur Louis XIV envers Paris. Quelques années plus tard, cette mémoire de l’intrusion populaire nourrira le choix d’un pouvoir monarchique éloigné de la capitale, prélude à l’installation de la cour à Versailles.
Il a gagné Rocroi à vingt et un ans et assiégé Paris pour la régente. Le 18 janvier 1650, Mazarin fait arrêter le Grand Condé au Palais-Royal, avec son frère et leur beau-frère : la Fronde change de camp.
Louis XIV a onze ans. Depuis la mort de Louis XIII, en 1643, sa mère, Anne d’Autriche, gouverne en régente, secondée par le cardinal Mazarin, son principal ministre. Elle a quitté les appartements incommodes du Louvre pour le Palais-Cardinal, que Richelieu avait donné au roi en 1636 : c’est désormais le Palais-Royal. Depuis 1648, le royaume est en révolte. La guerre a fait flamber les impôts, le Parlement de Paris s’est dressé contre le ministre, la ville s’est couverte de barricades : c’est la Fronde. Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, la cour a quitté Paris pour Saint-Germain, et l’armée royale a mis le siège devant la capitale.

À la tête de cette armée, Louis de Bourbon, prince de Condé. En 1643, à vingt et un ans, il a écrasé les Espagnols à Rocroi ; il a remporté depuis toutes ses batailles. En face, le Parlement a nommé généralissime de la Fronde son propre frère cadet, le prince de Conti, tandis que leur beau-frère, le duc de Longueville, tentait de soulever la Normandie. L’appui de Condé à la régente permet la paix de Rueil, en mars 1649. Il entend en être payé : il réclame l’amirauté pour lui, les commandements de l’armée pour ses amis, une place au gouvernement. Mazarin, qu’il tient pour un usurpateur étranger et surnomme le « faquin écarlate », lui devient insupportable. À la fin de 1649, poussé par sa sœur, la duchesse de Longueville, il rallie à son tour la Fronde, qu’il dirige désormais avec Conti et Longueville. Le 11 décembre, des coups de feu sont tirés sur son carrosse ; une procédure est engagée contre le duc de Beaufort et le coadjuteur de Paris, Paul de Gondi, sans résultat.
Mazarin retourne alors les anciens ennemis contre le nouveau. En janvier 1650, par l’entremise de la duchesse de Chevreuse, des chefs de la vieille Fronde se rallient secrètement à la cour ; à Gondi, Mazarin a promis le chapeau de cardinal.

Le 18 janvier 1650, au Palais-Royal, Condé, Conti et Longueville sont arrêtés sur ordre de la régente et de son ministre, puis enfermés au château de Vincennes. La famille connaît cette prison : le père des deux princes, Henri II de Bourbon, prince de Condé, y avait été détenu pour s’être opposé au favori de Marie de Médicis — Longueville avait trempé dans ce complot —, et leur sœur y était née, en 1619.
C’est un coup de théâtre. La clientèle des princes se soulève, et leurs provinces avec elle : c’est le début de la Fronde des princes. La duchesse de Longueville échoue à soulever la Normandie, puis rejoint Turenne à Stenay, d’où elle négocie avec les Espagnols. Turenne songeant à marcher sur Vincennes, les prisonniers sont transférés le 29 août au château de Marcoussis, puis, en novembre, dans la citadelle du Havre. Au début de sa détention, Conti s’est volontairement blessé à la tête : on ne peut plus refuser aux princes des médecins et des chirurgiens, dont certains leur servent d’intermédiaires avec l’extérieur.
Mais Paris se retourne contre le cardinal. Le 30 janvier 1651, Gaston d’Orléans, l’oncle du roi, les anciens frondeurs et les partisans des princes signent un traité secret pour obtenir leur libération et le départ de Mazarin. Les deux Frondes s’unissent ; le 6 février, Mazarin s’enfuit de Paris. Au Palais-Royal, pour faire taire la rumeur d’une nouvelle fuite de la famille royale, on montre à la foule, dans la nuit du 9 au 10, le petit roi endormi : les émeutiers défilent des heures devant son lit. La Fronde marquera Louis XIV. Mazarin court au Havre libérer lui-même les princes, geste dont il espère tirer profit, puis se réfugie à Brühl, chez l’archevêque-électeur de Cologne. Le 16 février 1651, après treize mois de captivité, Condé, Conti et Longueville font à Paris un retour triomphal.
Le vainqueur de Rocroi prend alors la tête de la révolte, s’allie à l’Espagne, lève des troupes et marche sur Paris. Battu par Turenne, il quitte la capitale le 13 octobre 1652 pour se mettre au service du roi d’Espagne ; il ne rentrera en France que gracié par Louis XIV. Quant à Gondi, devenu cardinal de Retz, il est enfermé à son tour à Vincennes en décembre 1652.
Aujourd'hui
Le Palais-Royal abrite aujourd'hui le Conseil d'État et le Conseil constitutionnel. Le jardin, ouvert au public, est orné depuis 1986 des colonnes rayées de Daniel Buren. Les galeries conservent galeries marchandes, restaurants et boutiques de luxe ou d'antiquités, dans un décor du XVIIIe siècle remarquablement préservé.
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