Au nord du Louvre, le Palais-Royal est l'un des lieux les plus chargés d'histoire de Paris — et l'un des plus insaisissables, tant il a changé de visage, de maître et de destin. Richelieu le fait construire à partir de 1628 sous le nom de Palais Cardinal. À sa mort en 1642, il le lègue au roi ; l'année suivante, la régente Anne d'Autriche y installe la cour avec le jeune Louis XIV, et le palais prend son nom définitif. La Fronde y laisse des souvenirs vifs : la famille royale s'en échappe deux fois en pleine nuit, et en février 1651, une foule parisienne en force envahit les appartements royaux pour s'assurer que le roi est encore là.
L'épisode le plus décisif pour la physionomie du lieu vient à la fin du XVIIIe siècle. Philippe d'Orléans — futur Philippe Égalité — transforme le pourtour du jardin en galeries commerciales uniformes, conçues par l'architecte Victor Louis. Boutiques, cafés, restaurants, tripots et maisons closes s'y installent. Mieux encore : comme le palais est un apanage princier, la police royale n'y a pas juridiction. Le Palais-Royal devient ainsi la capitale dans la capitale — un espace de liberté où la presse clandestine circule, où la politique se fait à voix haute. Le 12 juillet 1789, Camille Desmoulins y monte sur une table au Café de Foy et harangue la foule : son discours met le feu aux poudres qui mèneront, deux jours plus tard, à la prise de la Bastille. Ironie de l'histoire : c'est dans le jardin de ce même palais que Philippe Égalité sera arrêté en avril 1793, avant d'être guillotiné en novembre.
- 1628 — 1636 Palais Cardinal : résidence de Richelieu
- 1636 — 1642 Donné au roi Louis XIII, toujours appelé Palais Cardinal
- 1643 Devient le Palais-Royal à l'installation d'Anne d'Autriche et du jeune Louis XIV
- 1792 — circa 1815 Palais de l'Égalité / Jardin de l'Égalité sous la Révolution et l'Empire
- 1815 — Palais-Royal, affecté successivement aux Orléans, puis à l'État
Le Palais-Royal abrite aujourd'hui le Conseil d'État et le Conseil constitutionnel. Le jardin, ouvert au public, est orné depuis 1986 des colonnes rayées de Daniel Buren. Les galeries conservent galeries marchandes, restaurants et boutiques de luxe ou d'antiquités, dans un décor du XVIIIe siècle remarquablement préservé.