Histoire de la rue
La rue doit son nom à Jacques Germain Soufflot (1713-1780), l'architecte qui donna au sommet de la montagne Sainte-Geneviève son monument le plus célèbre : le Panthéon, alors église Sainte-Geneviève. Avant de porter ce nom en hommage au bâtisseur, l'artère s'était appelée rue du Panthéon Français, appellation qui dit déjà tout de sa vocation : être le prolongement monumental de la grande coupole vers le boulevard Saint-Michel.
La rue est en réalité le fruit de deux chantiers successifs. La partie orientale, côté Panthéon, existe dès vers 1760, à peu près au moment où Soufflot s'attelle à son grand œuvre. La portion qui file vers le boulevard Saint-Michel ne sera achevée qu'en 1846, au terme d'une longue procédure administrative engagée par une ordonnance de 1826 puis relancée en 1845. Sous ses pavés, l'histoire remonte bien plus loin : dès l'époque gallo-romaine, le sous-sol conservait les vestiges d'un édifice romain — peut-être une caserne selon Rochegude — et les ruines d'une fortification du Forum de Lutèce élevée contre les invasions franques, encore visibles au Moyen Âge. Plus surprenant : au n° 24, sous l'asphalte, dormait un temple dédié à Jupiter.
Au Moyen Âge, le n° 14 accueille un couvent dominicain où enseignent successivement Albert le Grand (1245) puis Thomas d'Aquin. Au n° 20, l'administration parisienne installe, entre 1300 et 1533, le parlouer aux bourgeois, ancêtre de l'Hôtel de Ville rive gauche. En 1846, c'est encore au n° 6 que 83 ouvriers maçons — parmi lesquels le futur député Martin Nadaud — fondent l'une des plus importantes coopératives de compagnons de Paris.
La rue brûle lors des journées de juin 1848 : une barricade au n° 12 est le théâtre de combats acharnés ; Étienne Arago tente en vain de haranguer les insurgés, et le lendemain, deux d'entre eux sont sommairement exécutés au n° 22. En 1871, le drame se répète avec une violence redoublée : les défenseurs fédérés du Panthéon tiennent la rue pied à pied ; contournée par les Versaillais, la barricade tombe et quelque 400 Fédérés faits prisonniers sont fusillés dans la foulée. Eugène Varlin, Maxime Lisbonne et Jean Allemane comptent parmi les communards liés à ce quartier de sang. Un jeune Émile Zola avait habité au n° 11 entre 1861 et 1862, bien avant la tourmente. C'est ici aussi que Jules Vallès, rentré d'exil et logé par Séverine dans un appartement du n° 18, puis installé au n° 20, achève ses derniers mois, miné par le diabète — Séverine et son compagnon le docteur Adrien Guébhard demeurant au n° 15 pour veiller sur lui jusqu'à sa mort en 1885.