Histoire de la rue
La rue Vivienne tire son nom de la famille Vivien, dont l'un des membres, Louis Vivien, seigneur de Saint-Marc, fut échevin de Paris en 1599 — une origine modeste pour une artère qui allait devenir l'une des plus agitées de la capitale. Longtemps orthographiée « rue Vivien », elle s'étire aujourd'hui sur 640 mètres entre le jardin du Palais-Royal et le boulevard Montmartre, mais cette continuité est le fruit de trois percées successives : la première partie ouverte en 1784, la suivante par décision ministérielle de 1809, la dernière prolongée jusqu'au boulevard seulement en 1830.
L'histoire de la rue commence vraiment au n° 6, où Mazarin fait ériger son palais entre 1643 et 1645. C'est là que Colbert installe la Bibliothèque royale à partir de 1666 — dans deux maisons qu'il possède —, que l'Académie des sciences tient ses premières réunions, et que Colbert lui-même s'éteint en 1683. Le bâtiment deviendra la Bibliothèque nationale. Un peu plus loin, au n° 7, la banque de John Law connaît en juillet 1720 une scène de panique mémorable : la foule enfonce les portes pour tenter d'échanger des assignats en perdition, avant la banqueroute retentissante. Sur le même emplacement, la Bourse des valeurs avait été officiellement créée en 1724 ; Michelet voit dans ce coin de rue le quartier général, sous la Révolution, des « agioteurs, tripoteurs de bourse, marchands d'or et de femmes ».
La Révolution y laisse d'autres traces : Pierre-Jean-Berthold de Proli, espion autrichien et hébertiste flamboyant, y réside au n° 55 avant d'aller à l'échafaud ; un réseau royaliste de faux-monnayeurs y opère au n° 18. Le XIXe siècle apporte une vitalité plus commerciale et culturelle : la galerie Vivienne ouvre en 1823, la galerie Colbert en 1826, le Théâtre du Vaudeville s'installe au n° 27 de 1840 à 1868. Les éditeurs du n° 2 bis publient les grands noms du temps — dont Gustave Flaubert, qui y fait paraître L'Éducation sentimentale en 1869. Isidore Ducasse, dit le comte de Lautréamont, meurt au n° 15 en 1870 à vingt-quatre ans ; Stéphane Mallarmé s'installe au n° 3 dès son arrivée à Paris en 1871. La Semaine sanglante dresse une barricade au n° 30, et le sculpteur Aimé-Jules Dalou, compromis sous la Commune, se cache chez des particuliers du n° 8 avant de prendre la fuite.