Cent mille fédérés, un roi, un autel de la patrie et un évêque qui retient son fou rire : au Champ-de-Mars, la France fête son unité.
Un an jour pour jour après la prise de la Bastille, le 14 juillet 1790, Paris célèbre la réconciliation de la France avec elle-même. L’idée est venue des provinces : depuis l’été 1789, les gardes nationales se « fédèrent » de ville en ville, comme à Lyon le 30 mai, et jurent ensemble fidélité à la Constitution. L’Assemblée constituante et La Fayette, commandant de la Garde nationale de Paris, décident d’en faire la fête de toute la Nation, au Champ-de-Mars.
Le chantier s’ouvre le 1er juillet. Il faut transformer l’esplanade en un cirque immense, capable d’accueillir cent mille spectateurs, avec en son centre l’autel de la patrie. Les 1 200 terrassiers n’avancent pas assez vite : on appelle les Parisiens à la rescousse, et ils accourent en masse. Ouvriers du faubourg Saint-Antoine et nobles, moines et bourgeois, courtisanes et dames des beaux quartiers manient la pelle côte à côte en chantant « Ah ! ça ira ». Louis XVI vient de Saint-Cloud donner un coup de pioche ; La Fayette travaille en manches de chemise.
Le jour venu, il pleut, mais l’enthousiasme n’en est pas entamé. Cent mille fédérés, venus des quatre-vingt-trois départements et de Paris, défilent avec leurs tambours et leurs drapeaux. Le roi prend place dans le pavillon dressé devant l’École militaire. La Fayette arrive sur un cheval blanc et jure le premier, au nom des gardes nationaux, de rester « fidèles à la nation, à la loi et au roi ». Vient la messe, célébrée sur l’autel de la patrie par l’évêque d’Autun, Talleyrand, entouré de trois cents prêtres en surplis. En montant sur l’estrade, il aurait glissé à La Fayette : « Par pitié, ne me faites pas rire. »
Le président de l’Assemblée prête serment à son tour, puis Louis XVI, qui jure de maintenir la Constitution. La reine soulève le dauphin et le montre à la foule, qui lui répond par mille cris de « Vive le roi ! ». On chante un Te Deum, on s’embrasse, on se sépare au milieu des vivats.
L’unité ne survivra pas longtemps à la fête. Moins d’un an plus tard, le roi s’enfuit jusqu’à Varennes ; et c’est encore au Champ-de-Mars, le 17 juillet 1791, que la Garde nationale de La Fayette tirera sur des milliers de pétitionnaires venus réclamer sa déchéance.
Quand la République se choisit une fête nationale, en 1880, elle retient le 14 juillet, en souvenir de la Bastille, mais aussi de la Fédération.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.