Le 130e bataillon de fédérés brûle la Guillotine place Voltaire le 6 avril 1871
Le 6 avril 1871, à neuf heures du matin, des fédérés du 130e bataillon de la Garde nationale se rendent au 60 rue de la Folie-Regnault, là où est remisé entre les exécutions ce que les ouvriers du faubourg appellent la Veuve. Ils y trouvent deux guillotines — l'ancienne et une nouvelle, plus expéditive et portative. Ils les chargent et les portent place Voltaire, devant la statue du philosophe. Aux applaudissements d'une foule immense, ils les brisent et les brûlent.
Le Rappel du lendemain décrit la scène et souligne le choix du lieu : c'est devant "le défenseur de Sirven et de Calas, l'apôtre de l'humanité, le précurseur de la Révolution française" que la machine est détruite.
La portée symbolique est immédiate mais le Siècle pose la question qui dérange : si l'on brûle l'échafaud sans abolir la peine de mort, à quoi bon ? Rochefort dans Le Mot d'Ordre est encore plus direct — supprimer la guillotine ne sert à rien si on garde le chassepot pour fusiller. La Commune, en effet, n'a pas formellement voté l'abolition. Le Père Duchêne tranche à sa manière : pour que la Commune brûle toutes les guillotines, que les réactionnaires se tiennent tranquilles.
Ce même 6 avril, Gustave Courbet publie dans le Journal officiel un appel lyrique aux artistes — il les convoque à une assemblée, pour fonder ce qui deviendra la Fédération des artistes de Paris.