Une femme a écrit un livre sur l’amour de Dieu, en français, et continue de le faire lire malgré l’interdiction. L’Inquisition la condamne : elle est brûlée en place de Grève, avec son livre.
On ne sait presque rien de Marguerite Porete, sinon son livre et son procès. Elle est née vers 1250 dans le comté de Hainaut, probablement à Valenciennes ; même son nom est incertain : les actes l’appellent « Marguerite dite Porete », d’un mot qui désigne un petit oignon. Elle appartient au mouvement des béguines, très vivant en Flandre : des femmes pieuses qui se vouent à Dieu et aux bonnes œuvres, sans forcément vivre en communauté ni obéir à une règle. Elle-même se dit « béguine errante ».
Elle a écrit, en langue d’oïl et non en latin, un livre dont le titre résume la pensée : Le Miroir des simples âmes anéanties et qui seulement demeurent en vouloir et désir d’amour. Il présente l’amour de l’âme touchée par Dieu et fait dialoguer, en allégories, l’Amour et la Raison. Ses adversaires y voient une démarche qui se passe de l’Église comme institution, relativise les sacrements et rejette la morale.
Une première fois, l’évêque de Cambrai fait brûler un exemplaire du livre sur la place d’Armes de Valenciennes et le déclare hérétique. Marguerite continue pourtant de le faire circuler. L’évêque de Châlons, où elle réside sans doute alors, la dénonce à l’inquisiteur du royaume de France, le dominicain Guillaume de Paris. Celui-ci consulte l’université de Paris : une commission de théologiens examine une quinzaine d’extraits du livre ; des canonistes se prononcent sur le comportement de l’accusée, qui doit être jugée relapse, pour avoir bravé la première condamnation. Réunissant les deux avis, l’inquisiteur condamne à la fois le livre et son autrice, et la livre au bras séculier.
Le 1er juin 1310, elle est brûlée vive en place de Grève, au pied de la croix dressée sur huit marches devant la Maison aux Piliers, que la municipalité achètera en 1357 et où s’élève aujourd’hui l’Hôtel de Ville. Son livre brûle avec elle. Les Grandes Chroniques de France rapportent la mort de cette « béguine clergesse », qui « avoit trespassée et transcendée l’escripture devine » et avait tenu, sur le sacrement de l’autel, des paroles « contraires et préjudiciables ». Elles viennent de raconter le supplice des Templiers brûlés « vers le moulin saint Antoine » : la même année, le roi et l’Inquisition font taire ceux qu’ils jugent hérétiques.
Avec elle s’ouvre la longue liste des exécutions de la place de Grève, qui verra mourir, au fil des siècles, Anne du Bourg, la Brinvilliers, la Voisin, Cartouche, Ravaillac ou Damiens.

Sa condamnation nourrit, en 1312, un canon du concile de Vienne contre l’« hérésie du Libre-Esprit », dont les historiens ont montré qu’elle n’existait guère que dans l’esprit de ceux qui la condamnaient. Et le livre survit : on le lit en latin, en italien, en moyen anglais, et, en français, dans une copie du milieu du XVe siècle ; trois pages du texte original ont été retrouvées récemment dans un manuscrit de Valenciennes. Maître Eckhart l’a peut-être connu. En 2024, le Conseil de Paris a donné le nom de Marguerite Porete à une place du 4e arrondissement, à quelques pas de l’ancienne Grève.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.