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📖 Un Homme du peuple sous la Révolution VAILLANT Roger & MANEVY Raymond
Bibliographie

Un Homme du peuple sous la Révolution

VAILLANT Roger & MANEVY Raymond
NRF Gallimard, 1947.
22 Fiches citant cet ouvrage
1947 Édition

Fiches citant cet ouvrage

22 fiches
Événement
Événement
1791
17 juillet 1791
p 47-55
Répression de la manifestation des Cordeliers par une fusillade qui fait 50 morts ; le drapeau rouge est alors celui de la loi martiale
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Événement
1793
21 avril 1793 — Club des Jacobins
p 86
Au couvent des Jacobins, un homme monte à la tribune et explique à la bourgeoisie que la propriété a des limites. Personne n'applaudit de la même manière. Le 21 avril 1793, Maximilien Robespierre lit devant la Société de …

Au couvent des Jacobins, un homme monte à la tribune et explique à la bourgeoisie que la propriété a des limites. Personne n'applaudit de la même manière.

Le 21 avril 1793, Maximilien Robespierre lit devant la Société des Jacobins, réunie dans l'ancien couvent dominicain de la rue Saint-Honoré, son projet de Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. Ce n'est pas un exercice académique. Dehors, la guerre fait rage sur toutes les frontières. Dumouriez vient de trahir. La Vendée s'est soulevée. La Convention, déchirée entre Girondins et Montagnards, débat d'une nouvelle constitution pour remplacer celle de 1791, morte avec la monarchie. Chaque faction a son texte. Robespierre a le sien.

La propriété bornée

Le projet reprend les libertés classiques — sûreté, liberté d'expression, souveraineté populaire, droit à l'insurrection — mais il va plus loin que la Déclaration de 1789 sur un point décisif : la propriété. Là où le texte de 89 consacrait un droit « inviolable et sacré », Robespierre pose une limite : « Le droit de propriété est borné, comme tous les autres, par l'obligation de respecter les droits d'autrui. » Il ajoute que la propriété « ne peut préjudicier ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l'existence, ni à la propriété de nos semblables ». Et surtout, il inscrit pour la première fois des droits sociaux : le droit aux secours publics, le droit à l'instruction, le droit au travail.

Les Jacobins adoptent le texte avec enthousiasme. Trois jours plus tard, le 24 avril, Robespierre monte à la tribune de la Convention pour y présenter le projet, accompagné d'un discours sur la propriété où il dénonce le luxe des riches face à la misère du peuple. Mais la Convention ne retiendra pas son texte tel quel. La commission chargée de la rédaction finale — dirigée par Hérault de Séchelles — produit une Déclaration adoptée le 24 juin 1793, qui conserve le droit à l'insurrection et les secours publics mais recule sur la propriété, redevenue « naturelle et imprescriptible ». Quant à la Constitution de l'An I tout entière, elle est suspendue dès octobre : « Le gouvernement sera révolutionnaire jusqu'à la paix. »

La mémoire des Égaux

Le texte de Robespierre ne meurt pas avec la Convention. C'est Buonarroti qui le sauve de l'oubli, en le reproduisant intégralement dans sa Conspiration pour l'Égalité dite de Babeuf (1828). Pour les babouvistes, la Déclaration du 21 avril est le moment où la Révolution a effleuré la question sociale sans oser y répondre — le point le plus avancé de la pensée bourgeoise révolutionnaire, et en même temps sa limite.

Marx, quinze ans plus tard, reprend le fil dans La Question juive (1843). Il ne s'en prend pas à Robespierre mais à la structure même de la déclaration des droits : les « droits de l'homme » de 1789, montre-t-il, sont les droits de l'homme égoïste, du bourgeois séparé de la communauté — « le droit de jouir et de disposer à son gré de ses biens, de ses revenus, du fruit de son travail et de son industrie ». Le projet de Robespierre avait tenté de corriger cette logique. La Convention l'avait enterré. La question, elle, ne cessera plus de se poser.

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Événement
1793
15 février 1793 — Salle du Manège/Siège de la Convention nationale
p 86
Le marquis-philosophe dépose sur la tribune le projet le plus démocratique que la Révolution ait jamais envisagé — quelques semaines avant la chute des Girondins qui l'enterrera. Ce mercredi-là, à la salle du Manège, c'e …

Le marquis-philosophe dépose sur la tribune le projet le plus démocratique que la Révolution ait jamais envisagé — quelques semaines avant la chute des Girondins qui l'enterrera.

Ce mercredi-là, à la salle du Manège, c'est un homme fatigué mais résolu qui monte à la tribune. Nicolas de Condorcet a cinquante ans. Il préside depuis octobre le Comité de Constitution, neuf membres chargés de doter la jeune République d'une loi fondamentale. Six mois de travail acharné pour aboutir au projet qu'il présente ce 17 avril 1793 — un texte d'une ambition inouïe, précédé d'une Déclaration des Droits de l'Homme refondue et élargie.

Ce que propose Condorcet est vertigineux. Le suffrage universel masculin — acquis depuis 1792, mais que le projet ancre définitivement. Une Assemblée unique élue pour un an. Le droit pour les citoyens de contester toute loi par référendum — la « censure du peuple ». Une instruction publique gratuite et obligatoire, garantie par la Constitution elle-même. Le droit à l'assistance pour les indigents, les infirmes, les vieillards. Une procédure rigoureuse de révision, pour empêcher qu'un pouvoir passager ne fige les institutions. Tout est pensé pour que le peuple tranche, toujours, en dernier ressort.

Quand il a fini, Condorcet sait qu'il n'a pas convaincu. Les bancs de la Montagne sont glacials. Le projet est trop raffiné, trop philosophe — et surtout il est girondin. Depuis des semaines, la Convention bascule. La guerre aux frontières tourne mal, Paris gronde, Marat appelle à l'insurrection. Le rapport de force s'inverse.

Quatre mois plus tard, le 2 juin 1793, les canons du peuple de Paris encerclent la Convention. Vingt-neuf députés girondins sont arrêtés, dont la plupart des collaborateurs de Condorcet. Le projet de Constitution est enterré séance tenante. Les Montagnards en rédigent un autre, à la hâte — la Constitution de l'an I, votée le 24 juin, qui reprend des éléments du texte girondin mais abandonne l'essentiel de ses garde-fous. Cette Constitution de l'an I ne sera jamais appliquée. La Terreur prendra sa place.

Condorcet, lui, refuse de se taire. Il publie le 8 juillet un pamphlet cinglant contre la Constitution montagnarde — Aux citoyens français sur la nouvelle Constitution. Décrété d'arrestation le 8 juillet, il se cache chez Madame Vernet, rue des Fossoyeurs (aujourd'hui rue Servandoni, dans le 6e). Neuf mois reclus dans une chambre de pension, il y écrit son testament philosophique — l'Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain, ce chef-d'œuvre d'optimisme rédigé alors qu'il attend la guillotine. Le 25 mars 1794, il quitte sa cachette pour ne pas compromettre son hôtesse. Arrêté à Clamart, emprisonné à Bourg-la-Reine, il est retrouvé mort dans sa cellule le 29 mars au matin. Poison, rupture d'anévrisme, on ne saura jamais.

La salle du Manège, elle, a disparu depuis longtemps — percée par la rue de Rivoli sous le Premier Empire. Entre les numéros 230 et 232, une plaque discrète rappelle qu'ici siégèrent la Constituante, la Législative et la Convention. Un petit rectangle de bronze pour tenir lieu de tombeau à l'idée républicaine la plus généreuse de la Révolution.

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Événement
1793
Événement
Événement
1793
2 juin 1793 — Palais Royal/Palais Égalité (de 1792 à 1804)/Section de la Butte des Moulins/Section des Filles St Thomas
p 92-95
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Événement
1793
2 juin 1793 — Palais des Tuileries (aile Nord, côté pavillon de Marsan)/Siège de la Convention
p 95-97
La Convention est assiégée par 80 000 hommes. Les émeutiers obtiennent l'arrestation de 22 députés Girondins, de membres de la Commission des Douze et des ministres Clavière et Lebrun-Tondu
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Événement
1787
1787 — Hôtel des Monnaies/Demeure de Nicolas de Condorcet
p 109-110
Condorcet, inspecteur général des Monnaies, discute avec Franklin sur le texte de la Constitution ; il sera un des premiers à se revendiquer républicain, dans un premier temps de façon anonyme
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Événement
1796
1796
p 141
Rendez vous sous le Directoire des émigrés de retour de Coblentz, et référence à l'exil de Louis XVIII, réfugié à Gand en Belgique, origine du mot "gandins" désignant la jeunesse dorée
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Événement
1796
Événement
1796
7 mai 1796 — Demeure de Jean-Baptiste Drouet
p 144-145
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Événement
1796
8 mai 1796 — Cachette de Gracchus Babeuf (chez le tailleur Tissot et sous ce faux nom)
p 145-147
Arrestation des principaux dirigeants de la Conjuration des Égaux, dont Gracchus Babeuf et Philippe Buonarroti, chez Pierre François Tissot, par le crapuleux commissaire Dossonville le 19 floréal an IV, suite à l'infiltr …

Arrestation des principaux dirigeants de la Conjuration des Égaux, dont Gracchus Babeuf et Philippe Buonarroti, chez Pierre François Tissot, par le crapuleux commissaire Dossonville le 19 floréal an IV, suite à l'infiltration de Grisel, un indicateur

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Événement
1796
17 août 1796 — Prison de l'Abbaye de St Germain des Prés
p 154-160
L'homme qui avait arrêté Louis XVI à Varennes finit par devoir fuir lui-même, poursuivi par les héritiers de la Révolution. Jean-Baptiste Drouet était maître de poste à Sainte-Ménehould le soir du 21 juin 1791, quand une …

L'homme qui avait arrêté Louis XVI à Varennes finit par devoir fuir lui-même, poursuivi par les héritiers de la Révolution.

Jean-Baptiste Drouet était maître de poste à Sainte-Ménehould le soir du 21 juin 1791, quand une lourde berline de voyage s'arrêta pour changer de chevaux. Il reconnut le voyageur en frac qui tentait de se faire passer pour un domestique : le profil figurait sur les assignats. Drouet galopa jusqu'à Varennes, fit barrer la route, et la fuite du roi se transforma en arrestation. Ce postier de province venait d'empêcher Louis XVI de rejoindre les armées contre-révolutionnaires à la frontière.

La célébrité nationale qui s'ensuivit lui ouvrit les portes de la politique. Élu à la Convention nationale, il siégea avec la Montagne et vota la mort du roi. Sous le Directoire, il entra au Conseil des Cinq-Cents. C'est là que sa trajectoire croisa celle de Gracchus Babeuf.

La Conjuration des Égaux, organisée par Babeuf en 1796, ambitionnait quelque chose de nouveau : non plus une révolution politique, mais la suppression de la propriété privée et l'égalité réelle des conditions. Le Directoire était la cible, jugé traître aux idéaux de 1789. Drouet n'était pas au cœur du complot, mais les conjurés se réunissaient chez lui, et ses sympathies jacobiennes étaient de notoriété publique. Le 10 mai 1796, le Directoire annonça la découverte de la conspiration et fit arrêter Babeuf et ses camarades.

Drouet fut également visé. Son cas posait un problème constitutionnel : comme député au Conseil des Cinq-Cents, il bénéficiait d'une immunité qui obligeait à le traduire devant la Haute Cour, compliquant ainsi le procès des babouvistes. Emprisonné à l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés (135-137 boulevard Saint-Germain, 6e arrondissement), il devint pendant l'été 1796 une question politique embarrassante.

Le 17 août 1796, Barras, directeur influent, facilita discrètement son évasion. Le calcul était net : éviter de faire de l'homme de Varennes un martyr supplémentaire, éviter aussi qu'un procès sensationnel n'illuminât une seconde fois la figure de Babeuf. Drouet gagna la Suisse, puis le Luxembourg. Babeuf et Darthé furent guillotinés à Vendôme le 27 mai 1797.

Drouet finit sa vie sous-préfet sous Napoléon. Il mourut en 1824, réconcilié avec l'ordre. L'homme qui avait arrêté Louis XVI avait failli tomber pour avoir voulu aller plus loin que la République bourgeoise.

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Événement
1796
9 septembre 1796
p 160-161
Les révolutions ont leur propre façon d'enterrer leurs enfants, même après leur défaite. Babeuf est en prison depuis le 8 mai 1796. La Conjuration des Égaux, trahie par l'agent Grisel avant d'avoir pu agir, a été décapit …

Les révolutions ont leur propre façon d'enterrer leurs enfants, même après leur défaite.

Babeuf est en prison depuis le 8 mai 1796. La Conjuration des Égaux, trahie par l'agent Grisel avant d'avoir pu agir, a été décapitée: ses cadres sont sous les verrous au Temple, en attente du procès de Vendôme. Mais des cellules survivent, des militants épars refusent de se soumettre. Le Directoire, régime de bourgeois enrichis par la Révolution, leur semble une trahison permanente.

Le 9 septembre 1796, dans la soirée, des conjurés partent de deux lieux: l'Auberge du Soleil d'Or, 226 rue de Vaugirard, et le Cabaret du Canon ci-devant royal, 81 rue Saint-Dominique. Leur plan: marcher sur le camp de Grenelle, à l'emplacement de l'actuelle place Dupleix dans le 15e arrondissement, rallier le 21e régiment d'infanterie qui y cantonne, convaincre les soldats de se mutiner contre le gouvernement directoriel. Jean-Baptiste Drouet est parmi eux: le même Drouet qui, à Varennes en juin 1791, avait reconnu Louis XVI dans sa berline et déclenché son arrestation. Cinq ans plus tard, l'ancien relayeur de poste est devenu babouviste.

La trahison s'est faite en amont. Grisel, agent double qui avait déjà livré la Conjuration principale en mai, a alerté les autorités. Les soldats du 21e régiment n'attendent pas des frères d'armes : ils reçoivent les insurgés par un feu nourri. La troupe gouvernementale encercle les abords du camp. Cent trente-deux personnes sont arrêtées dans la nuit; d'autres tombent sur place. Plusieurs dizaines reçoivent des peines de déportation ou d'emprisonnement; une trentaine seront fusillés par une commission militaire. Drouet parvient à s'enfuir; il sera condamné par contumace avant d'être amnistié sous Napoléon.

Babeuf apprend la nouvelle dans sa cellule. Son procès s'ouvrira à Vendôme en février 1797. Il sera condamné à mort et guillotiné le 27 mai 1797, avec Augustin Darthé. Jusqu'au bout, il tenta de se poignarder pour échapper à la honte du bourreau; il monta à l'échafaud blessé.

L'échec du camp de Grenelle marque la fin de la Conjuration des Égaux comme force active. Mais ses idées survivent: Philippe Buonarroti en publie l'histoire en 1828, et ce livre sera lu par Marx, Engels et tous ceux qui, au XIXe siècle, chercheront à comprendre comment une révolution peut trahir ses propres promesses d'égalité.

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Événement
1799
6 juillet 1799 — Salle du Manège/Club du Manège/Cercle du Manège/Société des Amis de l'égalité et de la liberté
p 171-173
Le Directoire autorise la réouverture du principal club Jacobin, sous la présidence de Drouet ; mais il sera vite interdit de nouveau
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