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17 juillet 1791
Événement

Au Champ-de-Mars, la garde nationale, drapeau rouge en tête, tire sur les pétitionnaires qui réclament la déchéance du roi

Champ de Mars — Champ de la Fédération
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« Lafayette au Champ de Mars, ordonne de tirer sur le peuple » : gravure de Pollet d’après Ary Scheffer (Library of Congress). Pollet d’après Ary Scheffer — domaine public (Library of Congress, via Wikimedia Commons)

Un dimanche de juillet 1791, des milliers de Parisiens signent sur l’autel de la patrie une pétition contre le roi fugitif. La garde nationale entre au Champ-de-Mars, drapeau rouge en tête, et ouvre le feu : la Révolution se déchire.

Le 21 juin 1791, Louis XVI, qui fuyait Paris avec sa famille, est arrêté à Varennes. Pour une partie de l’opinion, c’est un traître, un parjure : sur l’autel de la patrie du Champ-de-Mars, où l’on a célébré en 1790 la fête de la Fédération, on efface le mot « roi ». L’Assemblée constituante, qui veut sauver la monarchie constitutionnelle, préfère parler d’un « enlèvement », et le mot même de « république » est banni de ses débats. Elle suspend le roi, puis, le 16 juillet au soir, le met hors de cause : l’affaire de Varennes est close.

Dans les clubs, on réclame la déchéance. Le 15 juillet, le club des Cordeliers, radical et populaire, réunit trois à quatre mille personnes au Champ-de-Mars pour rédiger une pétition sur l’autel de la patrie ; le cortège qui la porte à l’Assemblée est dispersé par la cavalerie. Les Jacobins en préparent une autre, confiée entre autres à Danton et à Brissot ; Robespierre, qui craint qu’elle ne serve de prétexte à la répression, s’y oppose. Rendez-vous est pris pour le dimanche 17, en cortège pacifique : les appels demandent de ne prendre ni bâton ni couteau.

Le 17 au matin, la Commune de Paris interdit tout rassemblement et ordonne à La Fayette de proclamer la loi martiale. Les Jacobins retirent leur pétition, trop tard. Trouvant fermée la place de la Bastille, point de ralliement, les manifestants gagnent le Champ-de-Mars. Dans la matinée, la foule y découvre deux hommes cachés sous l’autel ; conduits au comité du Gros-Caillou, ils sont lynchés. Les pétitionnaires affluent pourtant : quelques centaines vers onze heures, plusieurs milliers l’après-midi, peut-être vingt mille. Des Cordeliers rédigent un nouveau texte, qui réclame un nouveau pouvoir constituant sans prononcer le mot de république ; six mille personnes le signent aussitôt. On danse autour de l’autel. Les envoyés de la municipalité constatent le calme de la foule.

Gravure : dans la fumée des coups de feu, la garde nationale tire sur la foule massée autour de l’autel de la patrie, au milieu du Champ-de-Mars
« Publication de la loi martiale au Champ de Mars, le 17 juillet 1791 » : gravure de Pierre-Gabriel Berthault d’après Jean-Louis Prieur, pour les Tableaux historiques de la Révolution française (BnF) — Pierre-Gabriel Berthault d’après Jean-Louis Prieur — domaine public (BnF, via Wikimedia Commons)

Mais l’Assemblée a invité la municipalité à rétablir l’ordre par tous les moyens. Vers quinze heures, des pierres sont lancées sur deux cavaliers de la garde nationale. À l’Hôtel de ville, le conseil municipal proclame la loi martiale. Le maire, l’astronome Jean-Sylvain Bailly, part à dix-huit heures trente avec un fort détachement, précédé du drapeau rouge, qui est alors celui de la loi martiale. Entouré de talus depuis la Fédération, le Champ-de-Mars forme une arène fermée. La garde y entre au pas de charge, tambours battants, sans faire les sommations légales. Un coup de feu part, on ne sait d’où ; la garde ouvre un feu nourri. La foule fuit vers la Seine, où l’attend la cavalerie, et vers l’École militaire, par où entre un second détachement. Il n’y aura pas de bilan officiel : dix morts selon la presse favorable à La Fayette, douze selon Bailly, quatre cents selon Marat ; la plupart des estimations parlent d’une cinquantaine.

Le soir même, le club des Cordeliers est fermé, des canons postés devant son entrée. On arrête des manifestants, des journalistes. Les Jacobins se déchirent : la plupart des députés les quittent pour le club des Feuillants. Pour les sans-culottes, le 17 juillet restera la « Saint-Barthélemy des patriotes ». En septembre, une même loi amnistie le roi, les pétitionnaires et les auteurs de la répression.

La Fayette quitte son commandement en octobre. Bailly, lui, n’est pas pardonné. Condamné par le Tribunal révolutionnaire, il est guillotiné en novembre 1793, au Champ-de-Mars, mais pas sur l’esplanade : on ne veut pas que son sang se mêle à celui des victimes de 1791, et l’échafaud est dressé dans le fossé qui entoure l’enceinte. Sous la pluie glacée, il tremble. « Tu trembles, Bailly ? », lui lance un spectateur. « Oui, mais c’est seulement de froid. » Une plaque, au 2 avenue de La Bourdonnais, marque l’emplacement de l’échafaud.

Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.