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12 avril 1871
Événement

Une des 18 barricades fortifiées avec canons de la Commune. La seule qui ne fut pas contournée par les troupes versaillaises

Barricade sous la Commune
📍 254 rue de Rivoli — 1e arr. (à l'angle de la rue St Florentin)
Une des 18 barricades fortifiées avec canons de la Commune. La seule qui ne fut pas contournée par les troupes versaillaises
Barricade fermant la rue de Rivoli, à la place de la Concorde. Fichot, Michel Charles (Troyes, 06–06–1817 - Paris, 07–07–1903), graveur, Carnavalet

Le 12 avril 1871, la Commune ordonne l'édification de dix-huit barricades fortifiées et armées de canons aux points stratégiques de Paris — Bastille, Hôtel de Ville, place de l'Opéra, avenue Foch, place Charles-de-Gaulle, boulevard Beaumarchais, place Vendôme, rue de Rivoli, et une dizaine d'autres. La ville se prépare à l'assaut versaillais qu'elle sait inévitable depuis que Thiers a refusé toute négociation.

Ce même jour, Napoléon Gaillard est nommé colonel et reçoit les pleins pouvoirs pour organiser les barricades des 1er et 20e arrondissements. L'homme est cordonnier de métier — compagnon du Devoir sous le nom de "Nîmois le Loyal", inventeur breveté d'une forme anatomique de chaussure, militant de Belleville depuis les années 1848. Rien ne le prédestinait à devenir ingénieur militaire. Mais il conçoit les barricades autrement que ses prédécesseurs : non plus un simple amas de pavés perpendiculaire à la rue, facilement contournable, mais un système défensif en profondeur — fossé large, chemin couvert, double masse de terre compactée dans des sacs et des tonneaux, embrasures pour les canons, fortifications secondaires en retrait. Une barricade comme un fort en miniature.

Sa plus grande réalisation s'élève à l'angle de la rue de Rivoli et de la rue Saint-Florentin, sur près de deux étages, avec bastion, redan et courtine. On l'appelle aussitôt, avec une ironie qui dit l'admiration mêlée de moquerie, le "Château-Gaillard". C'est la seule des dix-huit barricades fortifiées que les troupes versaillaises ne parviendront pas à contourner lors de la Semaine sanglante. Toutes les autres seront débordées.

Les critiques ne manquent pas. Le directeur du Génie, Roselli-Mollet, lui reproche d'avoir fortifié des arrondissements peu menacés au détriment des points stratégiques réels — Trocadéro, Arc de Triomphe, butte Montmartre. Rossel, qui l'a nommé, balaie ces objections. Gaillard démissionne le 15 mai, contesté et épuisé, huit jours après Rossel lui-même.

Il fuira en Suisse lors de la Semaine sanglante, sera condamné par contumace à la déportation, finira concierge à Paris après l'amnistie de 1880. Une loge de concierge — voilà tout ce que la Commune avait rapporté au constructeur en chef des barricades.