Au flanc de la Butte Montmartre, le poste de la Garde nationale de la rue des Rosiers — aujourd'hui 36 rue du Chevalier de la Barre — concentre en quelques semaines de printemps 1871 une densité tragique d'événements qui en font l'un des lieux les plus chargés de toute la Commune de Paris.
Tout commence le 18 mars 1871 au matin. Le poste subit une violente fusillade ordonnée par le général Claude Lecomte, venu récupérer les canons de la Butte pour le compte de Versailles. Les fédérés montmartrois sont cernés, contraints de se rendre — avant d'être relâchés dans la journée. Le retournement est foudroyant : dans l'après-midi, Lecomte est transféré ici depuis le Château Rouge. Dans le jardin attenant, autrefois propriété de la veuve d'Eugène Scribe, il est exécuté avec le général Jacques Clément-Thomas, réputé massacreur de Juin 1848. Louise Michel figure parmi les témoins de la scène. Le sergent Galdric Verdaguer, qui avait refusé d'obéir à l'ordre de tirer sur la foule, sera fusillé pour cette désobéissance salutaire à Satory en février 1872.
Dans les semaines qui suivent, le poste devient tour à tour siège de la Légion de Montmartre — Jules Bergeret y reçoit son commandement —, cour martiale improvisée, et point de résistance lors de la Semaine sanglante. C'est encore ici qu'est arrêtée Louise Michel, venue se livrer pour faire libérer sa mère, et que des ambulancières et cantinières — Joséphine Marchais, Élisabeth Rétiffe, Eugénie Suétens, Eulalie Papavoine — sont condamnées comme pétroleuses. La répression versaillaise parachève le drame : devant le mur même où sont tombés les deux généraux, 42 hommes, 3 femmes et 4 enfants sont fusillés à genoux par les troupes de Gaston de Galliffet. Une des femmes exhorte ses compagnons à rester debout.
- 18 mars 1871 Poste de la Garde nationale de la rue des Rosiers — théâtre de la fusillade puis de l'exécution des généraux Lecomte et Clément-Thomas
- Mars — mai 1871 Siège de la Légion de Montmartre et cour martiale des fédérés
- Mai 1871 Point de résistance (barricade) lors de la Semaine sanglante ; lieu de massacre de communards par les versaillais
- 1910 La rue est renommée rue du Chevalier de la Barre (en référence à Jean-François Lefèvre de La Barre, martyr de l'intolérance religieuse)
Le 36 rue du Chevalier de la Barre existe toujours sur la Butte Montmartre, à deux pas du Sacré-Cœur. Le bâtiment ne conserve aucune trace visible du poste de garde ni du jardin de l'exécution. Une plaque commémorative signale les événements du 18 mars 1871 et rappelle la mémoire des victimes des deux camps.