Exécution des généraux Lecomte et Clément-Thomas
Exécution des généraux Claude Lecomte et Jacques Clément-Thomas ; le premier pour avoir donné l'ordre de tirer sur le peuple, le second en tant que massacreur de Juin 1848
Dans l'après-midi, Lecomte est transféré du Château Rouge au 36 rue du Chevalier de la Barre — l'ancien jardin de la veuve d'Eugène Scribe, devenu le poste de commandement des bataillons montmartrois. C'est là que tout bascule.
Un homme en civil est amené dans la cour au même moment : le général Jacques Clément-Thomas, reconnu sur un boulevard alors qu'il inspecte des barricades. Son nom suffit à enflammer la foule. Commandant de la Garde nationale pendant le siège, il est surtout dans les mémoires populaires comme l'homme de juin 1848 — l'officier qui avait participé à l'écrasement sanglant de l'insurrection ouvrière, faisant des milliers de morts dans les faubourgs. Vingt-trois ans de rancœur remontent d'un coup.
Les officiers fédérés présents — dont Théophile Ferré et Nicolas Garcin — tentent de contenir la foule et d'organiser un semblant de jugement. Clemenceau, prévenu, accourt mais n'arrive pas à temps. Un capitaine garibaldien, Herpin-Lacroix, risque sa vie pour s'interposer dans le couloir. En vain. La foule force l'entrée du jardin. Les deux généraux sont poussés dans la cour et fusillés — Clément-Thomas d'abord, Lecomte ensuite. Parmi les tireurs se trouvent des soldats du 88e, ceux-là mêmes que Lecomte avait fait enfermer le matin.
La propagande versaillaise fera de cet acte le symbole de la barbarie communarde. Les historiens ont depuis établi qu'il fut le fait d'une foule incontrôlée — et non d'une décision du Comité central, qui n'en fut informé qu'après coup.