On lui accorde une dernière faveur : épouser sa compagne, qui attend un enfant. Deux heures plus tard, il est fusillé.
Tony Moilin a trente-neuf ans. Médecin, élève puis assistant de Claude Bernard, il s’est fait connaître par son dévouement pendant l’épidémie de choléra de 1865 et par les soins qu’il donne aux pauvres dans des dispensaires de la rue de Rivoli et de la rue de Seine. Socialiste, nourri de Fourier, il a publié en 1869 une utopie, « Paris en l’an 2000 », où il imagine la capitale parcourue de rues-galeries. L’Empire l’a condamné en 1870 à cinq ans de prison dans l’affaire du « complot de Blois », sans doute montée par la police ; la chute de Napoléon III l’a libéré un mois plus tard. En janvier 1871, il signe l’Affiche rouge qui appelle à la Commune.
Pendant la Commune, il n’est pas élu au Conseil. Il sert comme chirurgien-major du 193e bataillon de la Garde nationale et fait office, quelques jours, de maire du 6e arrondissement. Cela suffit. Le 27 mai, alors que les derniers combats se livrent à Belleville, il est dénoncé, arrêté et condamné à mort le jour même par une cour martiale.
Le maire de l’arrondissement, Anne-Charles Hérisson, obtient pour lui une faveur. Le 28 mai au matin, Moilin épouse sa compagne, Lucie Marie Repiquet. Deux heures plus tard, il est fusillé dans le jardin du Luxembourg, devant le piédestal d’une statue de lion, à gauche de l’escalier qui descend vers l’allée de l’Observatoire. Malgré la promesse faite à sa veuve, son corps ne lui sera pas rendu : on le jette à la fosse commune, pour que sa tombe ne devienne pas un lieu de mémoire de la Commune.
Sa mort a frappé les contemporains, parce qu’elle punissait moins des actes qu’un homme et ses idées. Camille Pelletan lui consacre de longues pages dans « La Semaine de mai », son réquisitoire contre la répression versaillaise, et Eugène Pottier, l’auteur de « L’Internationale », cite son nom dans sa chanson « Elle n’est pas morte ! ».
Le Luxembourg n’en a pas fini avec les exécutions : le 4 juin encore, des fédérés sont fusillés au pied de la terrasse des Reines. Depuis 2003, une plaque apposée par le Sénat, qui siège dans le palais, rappelle leur mémoire.
Texte rédigé avec l’aide de l’IA, relu et corrigé par la rédaction.