Portrait de Maximilien de Robespierre (1758-1794).
Musée Carnavalet.
Le soir du 17 juillet 1791 est mauvais pour les républicains. La fusillade du Champ-de-Mars a fait une cinquantaine de morts parmi les pétitionnaires ; la loi martiale reste en vigueur ; les arrestations menacent. Robespierre a signé la pétition pour la déchéance du roi — il risque d'être pris. Jeanne-Marie Roland et son mari Jean-Marie passent à son logement de la rue de Saintonge, dans le Marais, pour lui proposer une cachette. Il est déjà parti.
Il est chez les Duplay. Maurice Duplay est menuisier-ébéniste, rue Saint-Honoré — une maison à deux pas du club des Jacobins que Robespierre fréquente assidûment depuis des mois. La famille l'installe dans une chambre simple, donnant sur la cour. Il y a là Duplay et sa femme, leurs filles — dont Éléonore, que l'entourage tient pour la compagne officieuse de l'Incorruptible.
Robespierre ne s'installe pas « pour quelques jours ». Il reste. Pendant trois ans, la maison Duplay sera son seul logement parisien. Il y reçoit des visiteurs, rédige ses discours, travaille sous le bruit des ateliers en contrebas. Les Duplay le couvent avec une dévotion qui tient autant de la conviction républicaine que de l'attachement familial.
Ces trois années voient Robespierre passer de député radical en survie à membre tout-puissant du Comité de salut public. La chambre de la rue Saint-Honoré est son ancre dans une période où tout le reste — les institutions, les alliances, les têtes — change sans cesse. Le 9 Thermidor an II — 27 juillet 1794 —, il quitte la maison Duplay pour se rendre à la séance de la Convention. Il ne revient pas. Arrêté dans la soirée, il est guillotiné le lendemain place de la Révolution.
La maison des Duplay a depuis disparu. Une plaque marque aujourd'hui l'emplacement de la porte où il était entré, ce soir de juillet 1791, en fuyard.