Le 12 septembre 1789, moins de deux mois après la prise de la Bastille, Jean-Paul Marat publie le premier numéro de son journal dans une imprimerie de la cour du Commerce Saint-André, dans le 6e arrondissement. Le titre initial: "Le Publiciste parisien", qui deviendra dès le quatrième numéro "L'Ami du Peuple, ou le Publiciste parisien". Ce titre sera celui du journal jusqu'à la mort de Marat, le 13 juillet 1793.
Marat a quarante-six ans. Médecin de formation, physicien contesté dont les théories sur la lumière ont été rejetées par l'Académie des sciences, pamphlétaire depuis les années 1770, il entre dans la Révolution avec la conviction que la trahison et la corruption sont au coeur du système: la Cour, les parlements, les ministres, les généraux, les aristocrates déguisés en patriotes. Son journal sera l'organe de cette conviction.
"L'Ami du Peuple" paraît en moyenne cinq fois par semaine, à deux mille exemplaires. Il est lu à voix haute dans les carrefours, les cafés, les assemblées de section. Marat dénonce, nomme, accuse: Lafayette qui surveille le roi sous prétexte de le protéger; les Girondins qui modèrent la Révolution quand elle devrait s'accélérer; les spéculateurs qui profitent de la pénurie de pain. Il exige des têtes, au sens littéral: il fixe des chiffres, propose des listes, et ses lecteurs le croient.
Il est forcé de fuir à plusieurs reprises pour échapper aux mandats d'arrêt: en Angleterre en 1790, dans les égouts et les caves de Paris dont il ressort la santé brisée. Sa dermatite chronique, aggravée par des années de clandestinité dans des endroits humides, le ronge. À la fin de sa vie, il travaille dans son bain.
Un détail: le futur maréchal d'Empire Guillaume Brune travaille à l'imprimerie de la cour du Commerce Saint-André au moment de la fondation du journal. Il y est typographe. Le même atelier abrite l'imprimerie de Marat et le début de carrière d'un futur maréchal: la Révolution a ses coïncidences.
Marat est assassiné par Charlotte Corday le 13 juillet 1793, dans sa baignoire, au 30 rue des Cordeliers. "L'Ami du Peuple" cesse le jour de sa mort. Il avait publié son journal pendant près de quatre ans, sans interruption ou presque.