Proclamation de la République à 2 heures du matin et désignation du Gouvernement provisoire

Hôtel de Ville

Lamartine devant l’hôtel de ville de Paris le 25 février 1848 refuse le drapeau rouge – Peinture de Félix Philippoteaux.

Proclamation de la République à 2 heures du matin et désignation du Gouvernement provisoire ; Lamartine défend le drapeau tricolore contre le drapeau rouge.

Dans la nuit du 24 au 25 février 1848, l’Hôtel de Ville ne désemplit pas. La monarchie de Juillet vient de s’effondrer, les Tuileries ont été envahies, mais rien n’est encore réellement stabilisé : quelle forme de gouvernement ? Avec qui ? Au milieu du tumulte, entre délégations de quartiers, journalistes, ouvriers, étudiants et notables républicains, se fabrique, presque à voix haute, la future République.

Vers deux heures du matin, la décision tombe : la République est proclamée, et un Gouvernement provisoire est désigné. On y retrouve les grandes figures du moment – Dupont de l’Eure, Lamartine, Ledru‑Rollin, Arago, Garnier‑Pagès, Marie, Crémieux, Louis Blanc, Flocon, Albert… – mélange de républicains « respectables », de tribuns plus radicaux et de représentants symboliques des classes populaires. L’Hôtel de Ville devient officiellement le centre du nouveau pouvoir, au nom du « peuple de Paris ».

C’est aussi à l’Hôtel de Ville, le 25 février, qu’a lieu l’un des épisodes les plus commentés de ces journées : la confrontation autour du drapeau. Une partie des insurgés, emmenés par des militants comme Raspail, réclame l’adoption du drapeau rouge, couleur des luttes ouvrières et de la révolution sociale. Lamartine, lui, se dresse pour défendre le tricolore, qu’il présente comme le drapeau de 1789, de 1830, de la nation tout entière, là où le rouge ne serait, selon lui, « que le drapeau d’une seule classe ». Sa longue harangue, très théâtrale, l’emporte : le drapeau tricolore est maintenu, avec l’ajout de quelques symboles (comme la cocarde rouge) pour tenter de calmer les ardeurs populaires.

Cet épisode condense toute l’ambiguïté de la révolution de Février. D’un côté, la République est arrachée par une insurrection où les ouvriers et les quartiers populaires ont joué un rôle décisif ; de l’autre, sa forme et ses symboles sont aussitôt encadrés par des républicains « modérés » qui veulent une République politique, mais surtout pas une République sociale. Entre la proclamation nocturne, les cris venus de la place et la voix de Lamartine au balcon, on sent déjà la tension qui conduira, quelques mois plus tard, aux affrontements de Juin 1848.