Histoire de la rue
Tracée en 1540 sur l'ancien Petit Pré aux Clercs, cette courte venelle qui relie la rue de Seine à la rue Bonaparte a longtemps porté le nom de rue des Marais Saint-Germain. Ce n'est qu'en 1864 qu'un décret lui donne son nom actuel, en hommage à Louis Tullius Joachim Visconti (1791-1853), l'architecte parisien d'origine italienne à qui l'on doit le tombeau de Napoléon aux Invalides et une partie de la reconstruction du Louvre.
Mais revenons aux origines, car la rue a une âme bien plus ancienne que son panneau. Au XVIe siècle, elle est un bastion huguenot si ardent que le quartier mérite le sobriquet de « Petite Genève ». En 1555, on y célèbre le premier baptême réformé du secteur ; en 1559, le premier synode protestant s'y réunit, jetant les fondements de l'Église Réformée de France. Le peintre et sculpteur Jean Cousin y demeure de 1547 à 1570, au numéro 2-4. Plus tragique est le destin de Bernard Palissy : arrêté une première fois au n° 16-26 en 1587, puis une seconde en 1588, le céramiste finit sa vie à la Bastille en 1590, « de faim, de froid et de mauvais traitements ».
Le Grand Siècle y laisse deux empreintes lumineuses : Jean Racine s'éteint en 1699 au n° 24, à soixante ans ; Adrienne Lecouvreur, la grande tragédienne, meurt au n° 16 en 1730. La Révolution transforme la rue en officine d'imprimerie militante : au n° 18, Louis Prudhomme tire ses Révolutions de Paris à quelque 200 000 exemplaires — jusqu'à son arrestation en 1793 ; au n° 2, le premier journal à prôner le tutoiement républicain et l'usage du mot citoyen voit le jour en 1791.
Au XIXe siècle, la rue devient un véritable carrefour d'ateliers. Balzac imprime et loge au n° 17-19 en 1826-1827, à vingt-sept ans. Eugène Delacroix y peint de 1835 à 1844 — c'est là qu'il réalise les portraits de George Sand et de Chopin. Prosper Mérimée rédige Les Âmes du purgatoire au n° 20. Puis vient la génération impressionniste : en 1866-1867, Frédéric Bazille partage son atelier du n° 20 avec Renoir, y héberge Monet à la veille de l'Exposition de 1867. Alfred Sisley gravitait dans ce même cercle. Dans la cour du n° 20, une belle pompe à eau ancienne rappelle discrètement toute cette animation.